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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:57
La Chaîne d'Union - II

III - De la Symbolique

  1. Vocabulaire

- Le mot « chaîne » est aisé à interpréter symboliquement : nous sommes, mes BB.·.AA.·.FF.·., des maillons liés les uns aux autres, engagés les uns envers les autres et destinés à transmettre.

Comme un chainage, la chaîne est destinée à nous rendre collectivement plus solides et chacun y a sa propre responsabilité : souvenons-nous que la résistance d’une chaine est celle de son maillon le plus faible…

Elle est une limite, une frontière entre deux espaces, l’intérieur et l’extérieur.

Mais ce n’est pas un enfermement, un esclavage : nous ne sommes pas dans une secte qui asservit, bien au contraire nous sommes des maçons libres et acceptés.

- L’union coule de source, la jonction est voulue, matérialisée; la démarche est partagée et elle sous-entend bien une entente, la concorde des sentiments ou des pensées. Et puis, c’est connu, l’union fait la force, un célèbre  F.·.M.·., Jean-Baptiste WILLERMOZ, en avait fait sa devise avant qu’elle ne devienne celle de la Belgique… Ensemble, mes BB.·.AA.·.FF.·., nous sommes plus forts, chacun de nous est plus fort, plus résistant. C’est aussi ce que nous dit La Bible: « Là où un homme seul est renversé, deux résistent, et le fil triple ne rompt pas facilement. » (Ecclésiaste 4:12). 

 

  1. Du Rituel

Une fois encore notre rituel va s’avérer d’une grande richesse, et je n’aurai pas la prétention de l’épuiser, simplement de montrer comment il m’a permis d’avancer un peu plus sur mon propre chemin…

Remarquons pour commencer que, pas plus que dans la vie, nous ne choisissons nos frères et sœurs, nous ne choisissons pas dans la chaîne d’union les deux FF.·. à qui nous donnons les mains; ces mains sont nues,  la confiance est totale: beau symbole de fraternité, non? Et nous sommes tous au même niveau, les FF.·. ont quitté leur plateau, ceux de l’O.·. en sont descendu.

Nous sommes tous tournés vers le centre de la L.·., là où passe la ligne qui joint les deux points opposés de la sphère céleste que sont le Nadir et le Zénith, cette ligne qui est dans certains autres rites matérialisée par une verticale, un fil à plomb attaché au plafond. Restons un instant dans cet espace: si je baisse la tête, je vois le sol et les pieds de mes FF, je vois aussi le pavé mosaïque et le tableau de L.·. avec sa bordure dentelée, il m’incite déjà à m’élever; si je regarde à hauteur d’homme (l’horizon) je peux voir chacun de mes FF.·. ; si je lève la tête, c’est la Voûte étoilée cernée de la corde à nœuds qui m’invite encore à l’élévation… et enfin si je ferme les yeux, je descends en moi-même, je me «concentre» et je m’élève à la fois.

Les mains

Les FF.·. se donnent la main, tous différents mais tous unis dans le même geste, le même espace, le même cercle. Symbole évident de fraternité, ne dit-on pas dans le langage courant « donner la main » pour « aider », (on peut aussi la prêter ou en donner un coup pour aider!), de même « être main dans la main » n’est-ce pas être solidaire? Nos mains sont nues, ce geste est chaleureux, manifestation de sympathie; comme on dit en électricité, le contact est direct: le courant passe entre nous, sans filtre ni isolant!

Nous sommes alors des «passeurs» qui s’enrichissons mutuellement : ce que nous recevons de notre F.·. d’une main, nous le donnons de l’autre au suivant.

 

Les bras entrecroisés

Lors de la chaîne «courte », nos bras croisés, bras droit sur bras gauche, forment un nœud, un lac, comme nous l’a dit, notre B.·.A.·.F.·.  Bernard à notre dernière tenue,  en parlant de la corde à nœud,  « un lac d’amour ». Je ne m’attarderai donc pas sur cette analogie riche de symboles…

Personnellement j’y vois une attitude de verrouillage de notre corps, comme si nous voulions vivre l’instant présent en écartant ce qui pourrait nous en distraire, comme pour «vaincre nos passions».

Ce nœud que nous avons serré de notre propre volonté, qui nous enserre dans un instant d’éternité, d’amour et de fraternité, nous allons nous en libérer peu après, le rompre, pour aller porter au dehors ce que nous avons appris au-dedans.

 

C’est le moment de revenir aux derviches tourneurs du sage Rumi: j’ai eu le plaisir d’assister à une de leurs cérémonies en Cappadoce, en voici une description trouvée sur internet : « Les derviches entrent dans la salle habillés d’un ample manteau noir qui représente la mort, la tombe, la lourdeur terrestre et l’enveloppe charnelle. (…). Leur habit blanc, symbole du linceul et de la résurrection, dépasse légèrement le bas de leur manteau. (…). Leur salutation mutuelle est le symbole de la solidarité spirituelle, où les âmes se reconnaissent mutuellement comme étant d’une même origine. C’est aussi la réciprocité des consciences, chacun des derviches servant de miroir à l’autre. Après être rentrés rituellement, les derviches, bras croisés sur la poitrine, mains sur les épaules, se mettent à tourner lentement, sur eux-mêmes puis écartent les bras, la main droite tournée vers le ciel pour récolter la grâce de Dieu et la main gauche tournée vers le sol pour la dispenser vers les hommes. En même temps qu’ils tournent sur eux-mêmes, ils tournent autour de la salle. Ce double tour figure la loi de l’univers ». Il semble bien y avoir une parenté symbolique, non ?

Le texte lui-même

Le début ne peut être plus clair : Mes Frères, n'oublions jamais que l'amour fraternel  est "la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie". C’est l’expression des Constitutions d’Anderson de 1723. Rappelons que pour la  maçonnerie opérative le mot base fait référence aux fondations d’un bâtiment, que la pierre angulaire d’un bâtiment est la pierre d’angle sur laquelle repose la solidité de l’édifice, les murs étant bâtis de pierres reliées entre elles, unies, par le ciment : gage de solidité, ne disait-on pas pour cela d’une maison qu’elle est « bâtie à chaux et à ciment » ?

L’amour fraternel est, nous le savons tous, essentiel, indispensable et c’est aussi notre ciment, notre satisfaction et notre gloire.

Notons enfin que dans cette seule phrase la notion de fraternité apparait trois fois : Mes Frères, l'amour fraternel, notre vieille confrérie. Le style est à l’insistance, pour les durs d’oreille peut-être!

« Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains »: c’est l’invitation à quitter les aspects matériels de ce « bas monde », par la voie du cœur; une marche de plus vers ce que j’ai appelé tout à l’heure l’élévation.

 Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce que j’ai déjà dit du vocabulaire à propos de la phrase qui suit «que l'Amour fraternel unisse tous les maillons de cette Chaîne formée librement par nous.» (cf. III, a).
 

Le texte insiste sur « la grandeur et la beauté de ce rite ancestral »  il nous invite à nous  pénétrer  « de son sens profond » : vaste programme ! Nous essayons de le suivre un peu ce soir… .  Et vient ensuite une phrase à mon avis essentielle : « Cette Chaîne nous unit à tous nos frères heureux ou malheureux répandus sur la surface de la terre. ». On peut bien sûr penser ici aux seuls membres de la G.·.L.·.N.·.F.·. mais ce serait avoir l’esprit bien étroit me semble-t-il… cette chaîne n’unit-elle pas tous les MM.·. de tout rite, de toute origine, bref, n’unit-elle pas comme nous le disons aux agapes, « tous les MM.·. du monde »?

à suivre...

La Chaîne d'Union - II

711ème article

La Chaîne d'Union - II
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RF BB T.V.F.B.B. - dans Rite Français
12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 11:45
La Chaîne d'Union - I

Nos très vifs remerciements au TVF Bernard R. pour ce morceau d'architecture.

*

*     *

La chaîne d'union qui figure à chaque  clôture de nos travaux est le point d’orgue de la tenue. Voyons ensemble ce qui explique sa grande importance.

Je ne parlerai que de celle, rituelle, qui clôt la tenue. Je ne parlerai pas des chaînes que l’on peut faire aux Agapes (avec les serviettes) ou lors des St Jean, ni des chaînes funèbres pas plus que des chaines ratées… ce qui, cependant, ne manquerait pas d’intérêt... Je n’évoquerai  pas non plus la notion d’énergie, notre B.·.A.·.F.·. Alain B.  l’a traitée bien mieux que je ne saurais le faire.

Dans ce qui suit je partirai du langage courant avant de me pencher sur le Rituel lui-même puis  sur le symbolisme avant quelques mots de conclusion.

 

  1. Les mots, l’expression
  • Chaîne= Suite d'anneaux   engagés les uns dans les autres (chaînons ou maillons) servant à orner, à attacher, à transmettre un mouvement, etc.

Notion de limite: chaîne pour clôturer ou limiter un terrain,

Dans le bâtiment: la chaîne d'angle relie deux murs en angle, le chainage, horizontal lui, rend le mur plus solide,

En mécanique: chaîne de transmission dans un moteur, chaîne de vélo,

Aspect positif, aspect négatif :  chaîne de solidarité d’un côté et, en négatif, les chaines de l’esclave, celles du prisonnier.

  • Union : Relation, jonction de différentes choses ou de personnes, fait de former un couple, il sous-entend une entente, la concorde des sentiments ou des pensées.  
  • Quelle origine? Vu les nombreux allers-retours entre le Compagnonnage et la Maçonnerie il parait difficile  d’affirmer une antériorité de l’un sur l’autre. Ce serait les modernes qui l’auraient  introduite en F.·.M.·.  d’où son importance au Rite Français. On en  trouve trace dès les constitutions d’Anderson (1723).
  • Une analogie : lors de notre tenue de février dernier notre F.·.H.·. Michel évoquait le soufisme et dans le blog des meuniers en avril on trouvait une allusion à Rumi (1207-1273) mystique persan, maître soufi, fondateur d'une confrérie de derviches tourneurs : lors de leur cérémonie les derviches sont disposés en cercle et tournent sur eux-mêmes, on y reviendra…

 

  1. Le Rituel

La chaîne est formée, sur le sol de la L.·.,  à partir du Vénérable à qui revient la responsabilité de la diriger, chacun se dégante et se place autour du pavé mosaïque et des trois chandeliers, avec au centre le tableau de L.·.

On peut l’accompagner de musique au tempo et au volume appropriés, ne gênant ni l’écoute ni la concentration.

Si l’assistance est modeste la chaîne est dite « longue » : les frères se tiennent à mains nues, simplement,  la main gauche de l’un dans la main droite de l’autre, comme des enfants faisant la ronde. Dès que l’effectif le permet on la fait  «courte» : toujours en cercle fermé, les frères se tiennent aussi à mains nues, mais les bras croisés, bras droit sur bras gauche, main gauche en dessous tournée vers le haut, main droite au-dessus, tournée vers le bas. Ils se concentrent en silence, ils  écoutent le texte dit avec calme et solennité par le V.·.M.·. . Je ne le rappelle pas entièrement:

« Mes Frères, n'oublions jamais que l'amour fraternel  est "la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie". Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains ; (que l'Amour fraternel unisse tous les maillons de cette Chaîne formée librement par nous.
Comprenons la grandeur et la beauté de ce rite ancestral; pénétrons-nous de son sens profond. Cette Chaîne nous unit à tous nos frères heureux ou malheureux répandus sur la surface de la terre. En elle, sont toujours présents ceux qui la formaient hier.

Qu’elle soit l’emblème de la Tradition que nous avons régulièrement reçue, que nous maintenons sans faillir et que nous transmettrons dans sa plénitude aux générations à venir.)

Elevons notre esprit vers le G.·.A.·.D.·.L.·.U.·. qui est Dieu et jurons de travailler sans relâche au grand œuvre de la Fraternité universelle. »

Tous ensemble : « Nous le jurons ! »

Suit un moment de silence et de recueillement (éventuellement à l’intention particulière proposée par le V.·.M.·. , en tout cas guidé par ce qui précède).

Lorsque le V.·.M.·. déclare « Mes FF .·. rompons la chaîne » tous les FF .·. secouent trois fois les mains avant de la rompre.

Notons que c'est le jour même de son initiation que le nouveau F .·.   la découvre, et très vite il la ressentira comme un moment fort.

à suivre

La Chaîne d'Union - I

Nos très chaleureuses et fraternelles félicitations à notre B.A.F Bernard G. de Lyon qui a identifié

– la sculpture qui représente une des trois vertus théologales, l'Espérance, reconnaissable à l'ancre qu'elle tient dans sa main droite,

– cette sculpture fait partie du chœur de la cathédrale Sainte Marie d'Auch (Gers), réalisé entre 1510 et 1554.

La Chaîne d'Union - I

710ème article

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RF BB T.V.F.B.B. - dans Rite Français
6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 10:20

La sculpture fait partie d'un ensemble :

Deux indices...

Deuxième indice :

Comme un parfum d'éternité...

*  *  *

A ce jour,

une bonne réponse pour le lieu,

une bonne réponse pour ce que représente la sculpture

*  *  *

et pour nous écrire...

 

Deux indices...

709ème article

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RF BB T.V.F.B.B. - dans Enigme
1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 13:44

Après la série d'articles sur la corde à nœuds et la cordelière à houppes et lacs d'amour, faisons une petite pause avec l'énigme présentée ci-dessous.

Un chef d'œuvre de la Renaissance - Qui suis-je ?

Merci de répondre par email à l'adresse suivante :

Un chef d'œuvre de la Renaissance - Qui suis-je ?

Attention : l'ancienne adresse tvfbb[at]trusatiles.org ne sera plus opérationnelle à compter du 15 novembre prochain.

*   *   *

708ème article

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RF BB T.V.F.B.B. - dans Enigme
26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 11:56
De la corde à nœuds à la cordelière à houppes et lacs d'amour – IV

La chaîne d'union

La cordelière à houppes pourvue de lacs d'amour prend parfois, dans certains textes maçonniques, le nom de Chaîne d'union (ce n'est pas le cas au rite français) au prétexte que lorsque nous formons la chaîne autour du pavé mosaïque avant la fermeture des travaux, les mains sont unies (réunies) comme autant de lacs d'amour. Il y a une vraie similitude entre la chaîne d'union et la cordelière, les mains correspondant aux nœuds. Mais la chaîne d'union est fermée, si par malheur elle s'ouvre c'est du fait de la disparition d'un Frère. A contrario, la cordelière est un décor ouvert qui s'arrête à chaque colonne.

Je n'en dirais pas plus pour ne pas déflorer ce sujet qui vous sera présenté par le TVF BR

Le tableau de Loge

La cordelière à houppes occupe une place particulière au sommet du tableau de Loge dans la partie qui correspond à la zone céleste et ne comporte normalement que deux lacs d'amour encadrant le soleil et la lune.

J.-L. Mathonière en fait une analyse intéressante. La corde à nœuds n'est pas considérée en Loge comme la représentation d'un outil  mais comme un élément religieux, les deux lacs d'amour représentant l'ancienne et la nouvelle loi, couronnant l'édifice salomonien.

Pour conclure

La cordelière de nos Loges est certes issue de la corde à nœuds des compagnons bâtisseurs, mais en perdant son statut d'outil topographique, de mesure et de traçage, elle a acquis une dimension symbolique d'une grande richesse.

Rappelons quelques éléments marquants.

La cordelière à houppes pourvues de lacs d'amour est un emblème de la voie traditionnelle et de la perfection.

Le nœud en « 8 » par sa construction, évoque le retour sur soi et le voyage intérieur.

Le nœud relie, c'est un lien, c’est l'emblème du lien solide (il ne peut se défaire seul), de l’indissoluble amitié, de la fraternité, mais aussi de l’union de deux êtres, donc de l’amour.

Emblème de la foi inaltérable, de l’attachement moral, de la fidélité par-delà la mort, de l’immortalité de l’âme.

Emblème du serment pour le chevalier, vis à vis du Roi, des vœux pour le religieux, vis à vis de Dieu.

Emblème du lien entre le monde céleste et le monde terrestre, entre le microcosme et le macrocosme, entre l’âme et le corps,.

Lien entre l'héraldique ecclésiastique et l'Ordre des veuves de la cordelière : Le nœud en « 8 » est un symbole du lien avec l'être aimé disparu. L'église chrétienne veuve de Jésus Christ, les veuves de leurs maris défunts. Quant aux Francs-maçons, je vous rappelle qu'on les appelle aussi enfants de la Veuve, les Maîtres et eux seuls peuvent en comprendre la vraie signification.

Je vais arrêter là, mais cela ne clôt pas le sujet, sachant comme le disait Michel Foucault :

« On a beau dire ce qu’on voit,

  ce qu’on voit ne loge jamais dans ce qu’on dit »

A chacun en s'appuyant sur ces éléments, de voir, de sentir, d'entendre, d'ouvrir son imaginaire, de marcher sur l'horizon pour explorer la voie symbolique et de dire comme Aragon dans sa période surréaliste :

« Qui est là ? Ah très bien, faites entrer l'infini »

Louis Aragon, Une Vague de rêves, 1924

 

TVF BB, le 6 octobre 6015

De la corde à nœuds à la cordelière à houppes et lacs d'amour – IV

706ème article

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RF BB T.V.F.B.B. - dans Symbolique
17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 09:19
De la corde à nœuds à la cordelière – III

Rapide historique du lacs d'amour pour nous éclairer sur sa symbolique

Au XIIème siècle, Lacs d'Amour est une expression utilisée dans l'amour courtois avec un double sens : le lien amoureux ou le piège de l'amour. Vers 1190, le troubadour occitan Arnaut Daniel parle de lacs d’amour :

En ma dame est si ferme mon vouloir

Que d'elle jamais il ne fit détour...

Le Rhône par toutes les eaux qui l'enflent

N'est pas si bouillonnant qu'ondes de cœur

qui font un lacs d'amour quand la regarde

 

C'est aussi, à la même époque un insigne chevaleresque, un élément héraldique que l'on retrouve sur des blasons.

Le Comte de Savoie, institue en 1350 un Ordre militaire, intitulé l’Ordre du Lacs d’Amour, en hommage à sa femme qui  lui avait donné un bracelet fait de ses cheveux, tressés. Cet Ordre devint l'Ordre de l'Annonciade, ou de l'Annonciation de la Vierge Marie, en 1434, par la volonté d’Amédée VIII,  premier Duc de Savoie. Il conserva l’insigne du lacs d'amour, insigne qui deviendra alors celui de la maison de Savoie. C'est pourquoi le nœud en « 8 » est aussi appelé nœud de Savoie

En 1352, jour de la Pentecôte, Jeanne Ière de Naples et son deuxième mari Louis de Trente, sont couronnés reine et roi de Sicile. Pour marquer l’évènement, Louis crée un Ordre militaire, l'Ordre chevaleresque du Saint Esprit au Droit Désir. Jeanne choisit le lacs d’amour comme emblème de l’Ordre, appelé aussi Ordre du Nœud.

 

L’Ordre des Dames chevalières de la Cordelière, appelé aussi Ordre de la Cordelière, fut créé en 1498 par Anne de Bretagne (1477-1514).

Version féminine d’un ordre chevaleresque dédié à saint François d'Assise et imaginé par son père François II, l’Ordre de la Cordelière devint l’Ordre personnel d’Anne de Bretagne. La cordelière était une corde à plusieurs nœuds comme celle que les franciscains utilisaient comme ceinture, d’où leur surnom de cordeliers.  Cette cordelière figure dans les armes de la reine Anne de Bretagne, c’est un cordon de soie blanche qui entoure l’écu, mais les nœuds de plein poing des franciscains, sont remplacés par quatre lacs d’amour. Cette cordelière aux quatre lacs d’amour devint l’emblème de l’Ordre. Pour les femmes veuves, qui le rejoignaient, la cordelière était un ruban de soie noire entrelacés bien sûr de quatre nœuds en « 8 ».

 

Si le lacs d’amour est un emblème héraldique fréquent dans les ordres chevaleresque, il figure systématiquement dans les armoiries des ecclésiastiques.

De la corde à nœuds à la cordelière – III

Au XVIIIème siècle, les francs-maçons vont adopter ce symbole que l’on retrouvera sur les tableaux de loge et sur les murs des temples sous la forme d'une cordelière à houppes et lacs d'amour.

Les houppes

Et les houppes ? me direz-vous.

Dans toute la bibliographie je n'ai pas trouvé d'éléments intéressants.

La houppe est définie comme un ensemble de filets de lin, de soie, de laine, parfois d'or ou d'argent, liés comme un bouquet par dix nœuds disposés en triangle ce qui pour certains renvoient à la Tétraktys de Pythagore. Diantre.

En fait les deux houppes sont destinées à terminer proprement les extrémités de la cordelière qui risquent sans elles de se défaire. La houppe étant plus décorative qu'une simple surliure.

Mais il n'est pas interdit, au contraire, d'y trouver autre chose !

à suivre...

Dans l'article précédent, il ne m'avait pas été possible pour des raisons techniques, d'insérer la photo prise par notre TVF Bernard R. à l'église de Mailhat, la voici :

De la corde à nœuds à la cordelière – III

705ème article

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RF BB T.V.F.B.B. - dans Symbolique
8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 16:15
De la corde à nœuds à la cordelière – II

Mais, nous ne sommes pas sur un chantier d'une cathédrale, nous sommes en Loge, et il est temps de vous parler de notre corde à nœuds, celle qui court, telle une frise, sur trois des murs de l'atelier et que certains maçons de théorie affublent d'un nom bizarre, la houppe dentelée. Je vous propose (c'est une simple proposition et non une injection) d'oublier ce nom qui n'est, si l'on en croit les études sérieuses sur le sujet, que le résultat d'une erreur de traduction lorsque cette corde a traversé la Manche et débarqué en France.

Dans notre rite, fort heureusement, nous n'avons pas cédé à cette facilité et appelons cette corde à nœuds la Cordelière à houppes et lacs d'amour.

Vous avez remarqué bien sûr que cette cordelière figure sur le Tableau de Loge.

Or, souvenez-vous ! A la fin de l'initiation d'un nouveau Frère, le deuxième surveillant donne à ce dernier l'explication au grade d'apprenti, du Tableau de Loge et déclare en particulier :

La cordelière à houppes pourvue de lacs d'amour qui entoure les emblèmes du travail [maçonnique] désigne l'amour fraternel qui unit tous les Maçons dans la Loge et qui les relie à tous leurs Frères répandus sur la surface de la terre

 

C'est une explication majeure, essentielle mais qui ne doit surtout pas nous bloquer dans notre démarche symbolique.

D'ailleurs le deuxième surveillant, prudent, poursuivant son propos, s'empresse d'ajouter :

Ces quelques indications n'épuisent pas le sens des symboles... et plus loin C'est par votre propre méditation que vous pénètrerez toujours plus profondément leur sens..., qu'il pénètrera toujours plus profondément en vous.

 

Souvenons nous des propos de C. Jung que j'évoquais ici même en mai dernier :

« Le symbole renvoie toujours à un contenu plus vaste que son sens immédiat et évident »

« Les symboles ne peuvent faire l'objet d'aucune interprétation a priori. [...] Tout dictionnaire des symboles est en soi un contresens ».

 

Pour avancer dans la voie symbolique et progresser dans notre voyage intérieur, c'est le but du jeu, il faut mettre en résonance nos capacités mentales, c'est-à-dire nos perceptions sensorielles (visuelles, auditives, voire olfactives), notre imagination et un savoir, celui qui nous est transmis en Loge par la tradition.

C'est ce que nous allons essayer de faire ce soir en apportant quelques éléments qui nous aident à aller plus loin.

 

Que pouvons nous percevoir de plus dans cette cordelière qui puisse exacerber nos sens et stimuler notre imagination?

 

Une cordelière en tant que décor

La cordelière court  à la partie supérieure de trois murs, ceux du nord, de l'orient et du midi, telle une frise en relief marquant la limite entre les murs et le plafond ou plutôt entre l'enceinte de la Loge et la voute étoilée.

Nous sommes loin de l'outil topographique des bâtisseurs mais nous pouvons y voir un cordeau qui marque la séparation entre la terre et le ciel, la limite entre le matériel et le spirituel.

Pour A. Benuraud et C. Brugnaux, c'est une corde qui assemble et maintient :

« Comme tout édifice sacré, le temple maçonnique est une représentation de l'univers. La fonction de la corde à nœuds consiste alors à maintenir dans son enceinte, de façon à former un tout ordonné et harmonieux où chaque chose est véritablement à sa place ».

René Guénon, dans Symboles de la science sacrée  précise que la cordelière lie et maintient en place tous les éléments de la Loge dans un même ensemble.

Notre TVF BR m'a fait parvenir des photos du porche de l'église de Mailhat. Un des chapiteaux (colonne à gauche en entrant) représente un groupe de cinq personnages entouré par une corde. Cette sculpture pourrait représenter une communauté symbolisée par le lien qui maintient les personnages ensemble. La cordelière est ce qui nous lie au-delà de l'amour fraternel, l'appartenance à la franc-maçonnerie.

 

Les entrelacs et autres lacs d'amour

Une précision importante sur les lacs d'amour, ils n'ont rien à voir avec nos lacs de montagne. Notre Frère Emile Littré, dans son dictionnaire nous explique qu'il faut bien distinguer Lac (grande étendue d’eau) et Lacs (cordon), ce dernier s’écrivant avec un S au singulier.

L’étymologie de ces deux mots explique cette différence d’écriture. Si Lac vient du latin lacus (réservoir, bassin, cuve), lacs vient de laqueus (lacet, nœud coulant, liens, chaînes).

Notre Frère Emile précise :

Lacs / lâ ; l’s se lie : un lâ-z ; le c ne se prononce jamais et c’est une grosse faute de dire lâk. 1. Cordon délié. Autrefois le sceau était attaché aux édits avec des lacs de soie de diverses couleurs […]5. Lacs d’amour, cordons repliés sur eux-mêmes, de manière à former un huit couché.

 

Le lacs est donc le nœud en « 8 » bien connu des marins

Cela mérite quelques explications.

Un nœud est l’enlacement d’une corde. Sa fonction est d’arrêter, d’assembler ou de décorer.

Un nœud doit tenir sous la tension, sans jamais se défaire spontanément, sans jamais se bloquer, même mouillé, afin de pouvoir être défait sans difficulté en cas de besoin.

De la bonne tenue d’un nœud peut dépendre la sécurité, voire la vie des autres.

Pour chaque type de nœud, le mode de réalisation est précis et unique.

L’art des nœuds — le matelotage chez les marins — est une tradition transmise depuis la nuit des temps, de génération en génération, selon le principe du compagnonnage. Dans la marine à voile, le gabier (le maître) dévoilait au mousse (l’apprenti) les règles de l'art permettant de faire ses nœuds parfaits.

Le nœud en « 8 » était (est toujours) le premier nœud enseigné. Non pas parce qu'il est le plus facile à faire mais parce qu'il est considéré comme un nœud majeur du fait de ses qualités. Il ne se défait jamais seul, ne glisse pas, ne se souque pas (ne se bloque pas), il reste facile à défaire en cas de nécessité.

De la corde à nœuds à la cordelière – II

Voir ci-dessus la confection d'un nœud en « 8 »

à suivre...

 

704ème article

De la corde à nœuds à la cordelière – II
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RF BB T.V.F.B.B. - dans Symbolique
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 13:43
De la corde à nœuds à la cordelière – I

Premier épisode

En mai dernier je vous avais présenté un travail intitulé Du fil à plomb à l'équerre sous titré Ouvrir la voie symbolique.

La corde à nœuds dont je vais vous parler ce soir en est la suite logique et naturelle, pouvant être sous-titré, S'engager sur la voie symbolique.

Un de nos mythes fondateurs est celui des tailleurs de pierre et autres maîtres bâtisseurs, maçons opératifs dont nous sommes, en devenant des maçons de théorie, les descendants.

Je vous propose dans un premier temps d'étudier ce que pouvait être la corde à nœuds pour nos précurseurs et de voir ensuite l'usage que nous en faisons, ou que nous pourrions en faire, en Loge et la place qu'elle occupe dans notre corpus symbolique.

 

Un outil topographique et de traçage

Dans une corde à nœuds il y a d'abord une corde. De temps immémoriaux, depuis que l'homme a compris qu'il pouvait assembler des fils de chanvre, de lin, de sisal et autres textiles, pour fabriquer des liens qui lui permettaient d'assembler des pieux, d'inventer des pièges, de ligoter des proies, la corde est devenue un outil universel indispensable dans la vie quotidienne.

Pour les maçons de pratique aussi, la corde fut un outil de base pour trainer, soulever, hisser des matériaux, dresser des étais, des poteaux de bois, assurer des échafaudages.

Mais cet outil universel possède une propriété intrinsèque qui en fait un outil quasi magique. Si je tends une corde, elle dessine de façon parfaite une ligne droite, elle change alors de nom et devient un cordeau.

De la corde à nœuds à la cordelière – I

D'où les expressions telles que "un travail tiré au cordeau, un plan tracé au cordeau". Tracer au cordeau, c'est l'action du Maître délimitant sur le sol l'ensemble du chantier et donnant ses directives aux apprentis,

         – De ce coté du cordeau il faut creuser, de l'autre non.

Le cordeau permet de marquer des limites entre ce qu'il faut faire et ne pas faire.

C'est aussi un puissant outil de traçage pour le Maître initié à l'art du trait. Avec un cordeau et quelques piquets, le Maître, sous réserve d'être instruit de l'usage de l'outil, peut tracer des figures des plus simples aux plus complexes, du simple cercle à l'ogive en passant par l'ellipse et l'amande mystique (la mandorle).

Mais pour  réaliser les plans d'un édifice, le Maître doit également en prévoir les dimensions afin de pouvoir donner les directives en conséquence lors de la construction.

Ne disposant ni du système métrique qui ne sera défini officiellement qu'en 1799, ni du mètre ruban, il lui faut utiliser un instrument de mesure adapté aux travaux dont il a la charge.

 

L'outil topographique et de traçage devient outil de mesure

Les maîtres bâtisseurs et d'autres corps de métiers utilisaient depuis fort longtemps des unités de mesure définies à partir du corps humain :

La Toise, le pied, la coudée, l'empan, le palme, la paume, le pouce ; une coudée  est égale à un pied plus un empan ; un pied est égal à un empan plus un palme ; un empan est égal à un palme plus une paume.

Géométrie du nombre d'or de Robert Vincent

 

Pour avoir un outil de mesure, il suffit de définir sur un cordeau, un espace correspondant, à un pied, une coudée, un empan... limité par deux nœuds. C'est ainsi qu'est apparue la corde à treize nœuds.

Cette corde dite à treize nœuds, ou corde égyptienne, ou corde des druides ou corde d'Hermès, etc., les noms de baptême ne manquent pas, se révèle un outil de mesure précis, mais également un outil de traçage incomparable.

Vous connaissez tous le moyen de tracer un angle droit avec une corde à treize nœuds et trois piquets.

De la corde à nœuds à la cordelière – I

Le dessin montre  l'utilisation de la corde à treize nœuds pour obtenir un triangle rectangle qui possède trois angles dont un est droit (angle de la parfaite harmonie).

A partir de là, vous pouvez tracer un carré, un carré long, c'est-à-dire un rectangle qui peut être d'argent (double carré) et même d'or (introduction du nombre d'or dans le rapport longueur/largeur), un arc brisé, etc.

Petite remarque en passant, si vous comptez les nœuds sur le schéma du triangle, il n'y en a pas treize mais douze. Tout simplement parce qu'il s'agit d'une figure fermée (revoir le cours sur les clôtures). C'est pourquoi l'expression corde à treize nœuds est impropre (abus de langage). L'important ce sont les intervalles qui correspondent à une unité de mesure et non pas les nœuds. Certes ceux-ci limitent, bornent les espaces mais nous pouvons avoir treize nœuds et des espaces irréguliers et notre corde ne sert alors plus à rien. Il vaut mieux dire, une corde à douze intervalles.

à suivre...

De la corde à nœuds à la cordelière – I
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