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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 11:21

Nous vous présentons le travail du dernier apprenti entré dans la R:. L:. Michel de l'Hospital, notre F:. Pierre Laurent M:.

 

Très Vénérable, mes Biens Aimés Frères,

            Alors qu’il vient d’être initié, l’apprenti prend connaissance de ses obligations. Placé sur la colonne du Nord, il ne saurait supporter trop de lumière. Il doit alors s’y habituer et se laisser pénétrer par le Rituel, source principale de son apprentissage. Cet apprentissage, qu’il soit didactique  –le savoir-  ou empirique  –la connaissance- est mené grâce aux obligations qui s’imposent à l’apprenti qui progresse selon ces deux voies. Ainsi, le savoir s’acquiert par la transmission : l’aîné prend son disciple sous son aile protectrice et lui fait connaître un ensemble d’enseignements. Quant à la connaissance, elle s’appréhende par l’expérience vécue par le disciple, c’est une confrontation au réel qui est intégrée et mûrie.

            La première règle, qui est majeure, c’est le silence. Il s’agit même de la clef de voûte de l’édifice. Beaucoup d’auteurs depuis l’Antiquité jusques à nos jours ont rappelé l’importance, le rôle et les vertus du silence. Ce qu’il appert, c’est essentiellement un gage de protection. Ainsi, Sénèque  montre que le silence « est la vertu du sage ». Dyonisius Cato indique qu’il n’y a point de danger à se taire mais qu’il y en a à parler.  A la Renaissance, Baldassar Gracian et Baldassare Castiglione ont expliqué le rôle du silence comme garantie de liberté, exactement comme Alain Corbin, notre contemporain, un penseur qui a écrit l’essai Histoire du silence dans lequel il témoigne de tous les aspects revêtus par cette absence de parole.Les auteurs que j’ai cités  sont unanimes à considérer qu’on est toujours libre d’une parole retenue, mais qu’on est enchaîné par une parole produite. Une mise en garde de Baldassar Gracian nomme le danger de la parole : « l’homme discret sait se taire lorsqu’il y a danger à dire la vérité : un cœur sans secret est une lettre ouverte ». C’est avec beaucoup de poésie que Maurice Maeterlinck précise cette dernière pensée :

« Dès que nous parlons, quelque chose nous prévient que des portes divines se ferment quelque part ».

            Par ailleurs, ce silence permet à l’apprenti d’écouter et d’observer, privé de parler car ces paroles risquent d’être le reflet d’une ignorance ou d’une imprudence. De plus, ce silence sert à « vaincre nos passions et soumettre nos volontés », selon le Rituel.

En effet, la parole peut être audacieuse, et refléter nos passions comme un désir d’imposer sa volonté.

C’est ainsi que le silence est un exercice d’humilité, condition de la Vertu.         

Aussi, cette humilité est le premier devoir qui m’a été confié, déjà dans la Chambre des réflexions. C’est ainsi que dans un cabinet obscur, des objets ont été placés en Memento mori.

« Souviens-toi que tu es mortel ».

Cette moralité a été illustrée  au XVIème siècle, aux temps de la peste, par des artistes inspirés qui ont imaginé une peinture visible dans l’église d’Ennezat. Il s’agit du  Dit des trois Morts et des trois Vifs. De jeunes seigneurs, dans l’éclat rayonnant de leur vie et de leur santé, s’aventurent et viennent chasser jusqu’au domaine des tombeaux. Soudains, trois morts leur apparaissent et invectivent les audacieux : « Nous avons été ce que vous êtes et vous serez ce que nous sommes ».

Des peintures plus récentes, silencieuses, marquent ce dépouillement, ce renoncement, comme les Madeleines de Georges de La Tour. Madeleine est silencieuse, loin du vacarme du monde, elle médite en ayant abandonné ses bijoux et ses ornements.Elle a fermé ses flacons de parfum et ses vases à onguents. Il ne reste plus que le silence où seule la lumière de la veilleuse s’exprime : cette lumière que le Maçon doit sans cesse rechercher et qui triomphe des vanités qui sont « l’emblème et souvent l’occasion des vices que le Maçon doit éviter », rappelle pour nous le Rituel.

C’est vraisemblablement pourquoi, pendant l’initiation, le candidat que j’étais s’est présenté à moitié nu, débarrassé des métaux et ornements profanes, signes de vanité à laquelle on meurt, pour renaître à la vie maçonnique lorsque l’on reçoit la Lumière, signe de vie. 

Au-delà de tout bien, l’apprenti doit être prêt à faire le sacrifice de sa vie pour secourir ses frères au prix même de son sang. Ainsi lors de l’initiation, le Rituel prévoit de verser le sang. Mais au dernier moment, un Frère demande la grâce de l’impétrant. Si ce dernier est sauvé de la mort par ce Frère, il lui est signifié qu’à son tour, il doit venir en aide à ses Frères, jusqu’à la mort.

C’est alors qu’apparaît la vie en Fraternité. L’amour fraternel, guide de la vie maçonnique, est « la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie ». Ainsi, le travail confié à l’apprenti est de dégrossir la pierre brute. Pour cela, il utilise des outils.

Comme je l’ai évoqué précédemment, l’apprenti ne peut prendre la parole, ce qui lui permet d’écouter et d’observer pour progresser dans son ouvrage. Par ailleurs, l’apprenti sert ses Frères lors des travaux de banquet. C’est une façon de prendre soin d’eux, de les connaître davantage et de les aimer encore plus. Ces agapes sont toujours un moment intense où les Frères sont unis dans la joie du partage.

Aussi, dans cette tâche exigeante et sans fin, l’apprenti reçoit un tablier et des gants blancs. Ce tablier et ces gants permettent à l’apprenti de travailler à fin de mener « une vie active et laborieuse ». La couleur blanche de ces outils de travail rappelle à l’apprenti qu’il est amené à demeurer « dans la candeur et la pureté », aussi bien à l’atelier que dans sa vie profane.

Enfin, l’apprenti est appelé à connaître le rituel. Cum nascere, c’est-à-dire naître avec. Lors de son initiation, l’apprenti fait l’expérience intime d’un ensemble de faits symboliques opérants qui agissent sur son corps, son cœur, sa conscience et son esprit.

Ce rituel, l’apprenti l’intègre au sein de sa personne, en même temps il découvre un monde signifié dont le contenu n’est pas univoque. Le mot sens est remarquablement évoqué par le poète et académicien François Cheng. Ce signifiant porte trois aspects : le sens comme signification, le sens comme direction et les sens qui sont les portes du corps qui permettent d’appréhender le monde et de s’ouvrir à lui. Or, cette sémantique est particulièrement vérifiée pour le rituel qui devient propre  à chaque frère. Selon les circonstances de temps et au gré de l’expérience de la vie impermanente, l’apprenti trouve une signification à cet ensemble symbolique, avance dans une direction, échange avec ses frères et le monde ; bien plus que comprendre le rituel, l’apprenti doit le vivre.

Enfin, il reste à l’apprenti à progresser sur le chemin de l’initiation. C’est ce que les Trois Garçons de La Flûte Enchantée de Mozart et Schikaneder annoncent à l’impétrant Tamino :

« Cette voie te conduit au but,

Mais il te faut, jeune homme, vaincre virilement.

Ecoute donc notre enseignement :

Sois ferme, patient et discret ».

J’ai dit.

845ème article

Trois Pas en Loge Bleue  Fondamentaux du Rite Français

Dans ce premier tome consacré à la pratique du Rite Français l'auteur* s'est attaché à mettre à la disposition des jeunes maçons et des moins jeunes, l'ensemble des usages et des fondamentaux indispensables pour trouver sa place en Loge et vivre pleinement chaque Tenue. Les Officiers y trouveront une description précise de chaque office et des conseils pour rendre la Loge "juste et parfaite".

Format 230 x 150 mm ; pages Prix public 22 euros

 

Rite Français    Sens et Symbolique

Partant du principe qu'il faut comprendre ce que l'on fait pour bien le faire, l'auteur* nous présente dans ce deuxième tome, les outils nécessaires à la compréhension du Rite et à l'utilisation des symboles. Après avoir donné les clefs pour saisir le sens profond des différents temps d'une Tenue au grade d'apprenti, il aborde ensuite la symbolique maçonnique et en particulier celle de la lumière propre au Rite français, en étudiant les liens qui nous rattachent aux bâtisseurs de cathédrales. Il apporte d'autre part un éclairage symbolique sur le Tableau de Loge et les éléments figurés qui le composent. Une approche symbolique intéressante du Rite français. Ce livre a reçu le  Prix Blaise Pascal Arverna Masonnica, 2019

Format 230 x 150 mm ; 232 pages ; Prix public 22 euros

L'auteur* entré en maçonnerie il y a plus de trente ans, le RF Bernard B. s'est passionné pour le Rite français. Vénérable à plusieurs reprises, il est aujourd'hui Précepteur provincial de ce Rite et se consacre à apporter son aide à l'instruction des jeunes Frères.

Commande  directement auprès de l'auteur par mail à l'adresse

 

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