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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 15:14

Qu’ai-je trouvé sur la colonne du nord ?

Travail d'un Apprenti qui, sur proposition du Second Surveillant, se prépare à quitter le septentrion pour le midi.

Travail présenté devant les Maîtres de la R:. L:. Trusatiles (Rite Français).

 

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers

Très Vénérable et vous tous mes Bien Aimés Frères,

je vais vous dire ce que j’ai trouvé sur la colonne du nord.

 

Introduction

 

« J’ai traversé les épreuves allégoriques pour voir la lumière et sentir votre soutien ». Soutien ressenti infini.

En prononçant le mot « infini », je pense immédiatement à ce 8 horizontal que l’on peut parcourir indéfiniment en faisant courir la mine d’un crayon sur ses courbes.

Il fut inventé par le mathématicien anglais John Wallis en 1655 dans « De sectionibus conicis » (des sections coniques). Une autre origine possible serait la lemniscate de Bernouilli (lemiscus : ruban ; courbe plane de cette forme).

            On retrouve également une origine indienne (Antara le serpent de l’infini enroulé en 8), une déformation de la dernière lettre de l’alphabet grecque omega, ou du chiffre 1000 romain qui était à l’origine un rond barré.

Nous vivons avec cette notion quotidiennement ; il peut effrayer, voire détruire quand on l’appréhende mal. Bien au contraire, il nous permet de nous construire. Et nous devons parvenir à nous élever grâce à lui.

 

L’infini qui détruit

 

Nos connaissances du monde et les progrès de la science grossissent de manière exponentielle. Nous avons été obligés de nous spécialiser pour continuer à progresser. Si un humaniste du XVIII° pouvait être médecin, philosophe, astronome, et architecte, ceci semble bien plus compliqué aujourd’hui. Tenter de vouloir maitriser ces savoirs coute que coute peut aboutir à la dépression (je l’ai vu chez un brillant enseignant de classes préparatoires).

Le passage dans la chambre des réflexions ne m’a pas anéanti, mais il y a quelque chose qui se passe d’assez difficile à décrire : je me retrouve dans un endroit austère, avec la mort présente, devant des objets, des symboles qui seraient autant de sujets de réflexions. L’eau et le pain sont par exemple les aliments de base, qui maintiennent en vie ; je pense de suite au pain sec et à l’eau saumâtre d’un prisonnier qui survit. Ce pain, l’homme le fait avec la farine, venant du blé qui représente la culture, les premières cultures. Je vois nos ancêtres qui ont semé, récolté, moulu la céréale. Je voyage assis immobile sur ma chaise, dans le temps et dans l’espace pour me retrouver désorienté. Et puis je vois le sel, qui permet de conserver les viandes pour l’hiver, mais qui rentre également, pour infime partie, dans la composition de la pâte à pain. Cette infime partie transforme la pâte d’aliment de régime fade en délice indispensable aux tables étoilées. Je pense aux proportions, à l’utilité du plus petit, à nous tous qui vivons ensemble.

Bref, je suis un peu perdu devant toutes ces questions qui ont rempli la pièce, puis poussé les murs, et qui semblent sans fin.

 

L’infini qui construit

 

            Sans fin. C’est un sentiment que je ressens profondément dans mon activité professionnelle. Le savoir médical qui était devenu trop vaste pour un seul homme a été découpé en spécialités. Au sein de chacune d’entre elles, il existe des compétences particulières (la rythmologie au sein de la cardiologie, la chirurgie de la main dans l’orthopédie). Les recherches menées sur des sujets très précis permettent de comprendre chaque jour un peu mieux (ou moins mal) cette « machine humaine » qui n’est pas de notre volonté.

Les médecins se demandent toujours pourquoi (tel signe se manifeste, telle maladie apparaît). Notre savoir médical actuel est résultat de ces réflexions. Avoir conscience de l’étendue de notre ignorance, qui me semble infinie dans la compréhension du corps humain, est utile à la recherche et à l’apprentissage. Tous ces « pourquoi » doivent nous enrichir de nouveautés sans nous plonger dans une perplexité anxieuse qui paralyse. Savoir que l’on est un petit locataire ici-bas ne nous empêche pas de bâtir un peu de cet ouvrage qu’est le savoir, et qui, une fois acquis, ne tient pas de place.

Dans mes premières impressions, j’ai écrit que j’étais « essoré mais jamais esseulé ». Je me suis senti porté par des inconnus familiers. Il y avait vous, et les autres frères du département, mais aussi ceux de tous les pays, et encore ceux qui seront initiés, que l’on ne peut compter mais dont la présence est tangible pour avancer dans la connaissance.

La description du tableau lors de l’initiation a pris du sens : la bordure dentelée protège de l’irruption des ténèbres.

 

L’infini qui élève

 

            Nos perceptions et nos explications du monde qui nous entoure sont très complémentaires pour élargir cette connaissance. Ce perpétuel voyage sur le chemin de l’apprentissage nous modèle. Quand notre Vénérable Frère Fabien est venu me voir, je me suis perdu dans une tentative d’explication embrumée sur ma perception de notre monde depuis que je suis croyant. J’ai parlé d’un coin de voile soulevé nous faisant comprendre la toile de la vie que l’on a sous les yeux, comme le bain de révélateur dévoile la photo argentique. Ce n’était pas clair dans ma tête, et encore moins à l’énoncé. Il m’a demandé si moi je me comprenais ! Je crains d’avoir illuminé la pièce d’un rouge intense. Mais il ne voulait pas me déstabiliser et je crois qu’il avait réussi à saisir le sens de ce que j’avais bafouillé. Il s’agit bien de cet infini là, qui nous transporte.

            Pendant sa période d’apprentissage, grâce au silence imposé, on occupe une position privilégiée sur la colonne du nord. On voit, on regarde, on observe ; on entend, on écoute, on médite. C’est un environnement favorable pour réfléchir sur ces impressions qui nous pénètrent. Il n’y a pas de fenêtre au nord, pour rester dans la pénombre. Et l’on voit d’autant mieux les 3 grandes lumières : le soleil, la lune et le Maître de la Loge.

J’ai été « submergé par la chaleur de votre contact » : je commence à comprendre pourquoi.

Je cherche mes repères. Je regarde à l’occident et imagine le fil à plomb du bijou du second surveillant, surveillant de la colonne du nord. Puis je repense au morceau d’architecture de notre Très Vénérable Frère Bernard B. : « le fil à plomb est symbole de la vie, de l’activité, de la vigilance et de la conscience de soi ». Cette perpendiculaire me servira de repère, de pilier. Je suis rentré profane, je me lève, et vais avancer sur mon chemin de maçon. Je suis assis sur cette colonne pour comprendre que je suis né une nouvelle fois. C’est probablement ce qui m’a déstabilisé. Maintenant, en bâtissant mon temple intérieur, je vais progresser et tenter de m’élever en travaillant sur la pierre brute.

            Avant de s’élever il faut se rassurer et construire des bases solides. La cordelière à houppes pourvue de lacs d’amour y participe. On retrouve presque la forme du symbole de l’infini dans le nœud en 8 (il faudrait superposer la corde entrante avec la corde sortante). Il est un des premiers nœuds enseigné en voile comme en alpinisme. Il permet de bloquer une écoute, éviter que l’extrémité d’un bout ne s’effiloche ; il est également utilisé sur le baudrier du grimpeur pour l’assurer. Simple à vérifier, il contraint moins la corde que le nœud de chaise et préserve ainsi ses qualités. J’ai appris sur le blog qu’il est aussi appelé nœud de Savoie, suite à l’ordre du lacs d’amour institué par le comte de Savoie en hommage à un bracelet tressé des cheveux de son épouse.   

Voilà pourquoi cette corde représente l’amour fraternel qui unit tous les maçons de la loge et les relie à tous les frères de la terre : il n’y a rien de plus simple qu’un amour infini pour établir une relation durable et solide. Nous voici donc sécurisés par la cordelière au dessus de nos têtes, et que l’on retrouve sur le tableau de loge,  qui créer un espace protecteur fermé. Elle tisse un lien entre la terre et l’espace qui ne cesse de nous apprendre sur nous-même, comme nous le rappelait le diaporama de notre Très Vénérable Frère Bernard R.. Cette barrière est constituée par le symbole de l’amour. Et ainsi rassurés par cet amour, nous travaillons pour un monde meilleur.

Au centre de cet espace se trouve le Tableau de Loge sur lequel je vois la cordelière mais aussi la perpendiculaire du Second Surveillant au septentrion. Il y a 7 marches ; je n’en ai gravi que 3 à mon initiation. Je ne suis resté qu’à l’extérieur de ce temple. Je retrouve le soleil, la lune et l’équerre, bijou du Maître de la Loge, les trois lumières, ainsi que les 3 chandeliers autour du tableau. Il y a surtout la Pierre Brute que je vais travailler, polir et gravir ainsi les autres marches. Les 3 fenêtres disposées aux heures clefs, l’ouverture, la fermeture et au milieu notre travail sont en face moi ; le temps les traverse au cours de chaque tenue, temps de réflexion pour ce travail.

 

Conclusion 

Il est nécessaire de se savoir ignorant pour apprendre. Forts de ces nouvelles connaissances nous forgeons notre avenir et progressons plus sereinement en nous épaulant.

Le chemin du maçon commence lorsqu’il reçoit la lumière ; il va travailler dans la vertu, pour polir la pierre sans relâche. Chacun progressera à sa façon, fidèle à nos valeurs, sur une route qui n’a pas de limites. J’ai commencé en montant les 3 marches pour la première fois.

Jules Lachelier, agrégé de lettres, major à l’Ecole Normale Supérieure et professeur de philosophie a écrit : « on ne peut partir de l’infini, on peut y aller ». Alors allons-y tous ensembles mes frères !

 

J’ai dit Très Vénérable.

F:. Charles T.

 

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