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Storytelling 01Le vocable "mythe", qui peut faire peur a priori, est pourtant un terme limpide qu’il ne faut pas compliquer à outrance. En effet ce mot vient du grec muthos signifiant "paroles qui ont un sens". Autrement dit, de manière simple, c’est ce sur quoi, un peuple, un clan, une communauté quelconque fonde la narration (la saga) de ses origines, et à partir de cette « histoire » bâtit une légende, qui lui sert de boussole et de référence. Traduit de nos jours, en termes modernes, dans un volapuk journalistique et communicatoire, on dirait que "c’est un storytelling qui donne sens à sa propre vie."

En deux mots, je vais essayer de vous faire comprendre comment agit un mythe.

Je suppose que vous serez d’accord avec moi pour reconnaitre qu’un individu lambda n’aura pas le même comportement vis-à-vis de lui-même, de sa lignée, de son environnement, de son pays et de l’histoire du monde en général, selon qu’on lui dit qu’il y a de fortes chances pour qu’il ne soit pas seul dans l’univers et que de surcroit, pour approcher cette intuition d’espérance, il possède certainement en lui une part d’étincelle divine; plutôt que si on lui explique qu’il n’est que le fruit du hasard et de la nécessité, qu’il n’est rien d’autre qu’un super prédateur, et que sa fonction citoyenne (d’homme libre !) consiste seulement à consommer chaque jour davantage des biens matériels pour satisfaire un taux de croissance et ses désirs immédiats et nécessairement viagers.

Et bien c’est ainsi que fonctionnaient autrefois, c'est-à-dire avant les Sciences, les mythes. Mais ces derniers n’ont pas complètement disparu pour autant, puisqu’ils n’ont fait que prendre d’autres formes, en phase avec les attentes et les acceptations de notre époque. Ainsi, quoique l’on puisse en penser, la récente (60 ans) théorie du "big bang" fonctionne comme un mythe moderne, puisqu’elle tente d’expliquer nos origines, et elle s’éteindra de la même manière que les mythologies grecques, quand d’autres hypothèses viendront remplacer celle-ci.

Ceci rapidement dit, venons-en à ce qui nous questionne vis-à-vis de la francmaçonnerie en général et du rite français en particulier. La franc-maçonnerie et les mythes me semble à la fois une évidence et un paradoxe. Une évidence en effet dès l’instant où le mode d’enseignement et de transmission, propre à la franc-maçonnerie, s’exerce au travers de symboles destinés, plus à apprivoiser qu’expliquer, sinon l’indicible, au moins le monde du divin; et cela pour tenter de mettre en contact le profane éclairé (la pierre taillable), avec une infime étincelle du domaine des Dieux. Mais en même

temps c’est un paradoxe, dès l’instant où cette sorte d’école de sagesse que prétend être la franc-maçonnerie, à travers son incessante recherche de la Vérité, s’appuierait, pour ce faire, sur des mythes afin de parvenir à cette Lumière absolue, alors que ceux-là sont nécessairement fondés sur une narration purement imaginaire. Or on voit bien que la franc-maçonnerie, issue des Lumières scientistes, ne fonctionne en fait qu’à partir de mythes et d’histoires à portée plus ou moins symbolique ramassées ça et là, et dont la logique tient davantage à des courants de mode et à des aspirations passagères de ses fondateurs successifs, qu’à une véritable vocation pédagogique.

Je m’explique.

D’abord n’oublions pas, dussé-je faire de la peine à certains, que la francmaçonnerie que nous connaissons, qui nous est accessible et que nous pratiquons, ne date réellement que du début du 18ème siècle, c’est à dire à partir du moment où l’on a "accepté" des gens extérieurs au "Métier". En effet, en dépit des efforts souvent désespérés de nombreux théoriciens de la francmaçonnerie, (d’ailleurs plutôt panégyristes qu’historiens), aucun n’est parvenu à prouver une quelconque filiation directe et indubitable avec les constructeurs de cathédrales, les guildes médiévales et autres collegia romaines. En revanche, effectivement, sur le versant des emprunts, des faux héritages et des appropriations en tout genre la franc-maçonnerie a été exemplaire, à tel point que son aspect "immémorial" a fondé son mythe principal, sinon essentiel, qui se résume à être à l’origine du Monde.

A cela au moins deux raisons fondamentales.

D’une part, parce que notre franc-maçonnerie spéculative tient ses règlements et Landmarks des Constitutions d’Anderson, lesquelles limitent grandement les influences qui auraient pu présider à notre acte de naissance. C’est ainsi, par exemple, sans doute dans le but de couper court à toute spéculation parasite, qu’Anderson n’a pas hésité à nous faire directement descendre d’Adam, réputé avoir été ainsi le 1er franc-maçon consubstantiel à la Création. La seconde raison tient au fait, pas très connu car pas très glorieux, que les diverses autres sources qui avaient été collationnées et auraient pu servir à élargir, peut-être, le socle de nos mythes fondateurs ont été tout simplement détruites vers 1723, dans un immense autodafé organisé par notre «bon pasteur». Alors restent les histoires "mythiques" constitutives de chaque rite, et dont la plupart des plus importantes, telles celle tardive d’Hiram, sont communes à tous. A ce propos, bien que l’épisode hiramique soit une réécriture des Écritures, force est de constater néanmoins que la source essentielle de la franc-maçonnerie jaillit en quasi totalité de la Bible.

Il n’empêche cependant que par la suite, non seulement les Constitutions d’Anderson ont été maintes fois modifiées, mais qu’en plus, chacun des plus influents des courants fondateurs est venu rajouter des références diverses, sans soucis de cohérence et dans une parfaite achronie, mariant ainsi Pythagore, les mystères d’Eleusis, les Templiers, les Rose+Croix, l’Alchimie, les rites Égyptiens, et j’en passe, dans un salmigondis dont seule la francmaçonnerie a le secret, puisque sa vocation est de " réunir ce qui est épars ".

Ce que l’on retrouve d’ailleurs, dans un sens très atténué, à l’article 1er des Constitutions d’Anderson «la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le moyen de nouer une véritable Amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées».

A partir de ce qui précède, on ne peut donc pas vraiment dire que les mythes diffèrent selon les rituels pratiqués fussent-ils écossais, français ou purement anglo-saxons. Ainsi, nourries aux mêmes sources, les pratiques admettent des différences, qui tiennent davantage aux soucis, seulement égocentrés, de se démarquer d’un rituel par rapport à un autre. La seule vraie partition que l’on puisse faire résulte de la césure historique de 1751 entre les "Anciens" et les "Modernes", appellations qui ne reflètent en rien l’antériorité des uns par rapport aux autres, mais leur manière de se représenter le 1er Temple… En francmaçonnerie vous le savez, rien n’est simple.

Voici en quelques mots taillés à la hache ma modeste contribution à ce débat infini sur les mythes et les antériorités, sachant que chaque phrase mériterait;un développement qui, me semble-t-il, n’a pas vraiment sa place sur ce blog.

 

Votre F. Al Ecker

Frise Plume sm

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