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Le Mahâbhârata,


GaneshPrésentation


Il constitue, avec le Ramayana, les deux livres les plus importants de l'Inde. C'est un immense poème épique composé de 18 livres, dont la mise en forme débute pour l'essentiel vers le 3ème siècle avant notre ère, et s'étale, à force de rajouts, jusque vers le 4ème après JC, mais sur des histoires bien antérieures et relatant, au principal, des faits qui se seraient passés au moins 900 ans auparavant. Par rapport à nos représentations issues de notre culture gréco-romaine, le Mahâbhârata fait figure d'ovni, car les concepts qu'il développe heurtent notre logique et notre sens de la narration. C'est pourquoi le dit-on difficilement comparable aux œuvres classiques occidentales, alors qu'il a servi de modèle et de source à la culture indienne, dont  l'imaginaire et le panthéon sont inassimilables à nos canons européens,  car trop complexes, trop foisonnants, trop étranges.... On dénombre par exemple environ 30 millions de dieux en Inde.

Et pourtant, par bien des aspects, cette histoire prodigieuse n'est pas très étrangère à nombre de nos mythes, ni à la manière dont ils étaient diffusés grâce à l'oralité des aèdes.

 

On ne sait trop s'il s'agit d'une œuvre collective, ou d'une compilation revue et modifiée au fil des siècles, ou bien encore celle d'un unique poète, composée dans un contexte particulièrement précis de l'histoire indienne. Sans doute en est-il un peu de tout cela. Il est vrai toutefois que cette dernière hypothèse, bien que renforcée par l'étonnante unicité du récit, reste tout de même peu vraisemblable pour la totalité, malgré le fait qu'elle en constitue le propos introductif de l'histoire.

Une théorie explique que l'épopée constituerait en partie une réponse face à la montée du bouddhisme vers 300 av. notre ère, dans un contexte sociopolitique en crise. D'autant que les prédications du Bouddha, (un peu à la manière plus tard d'un Jésus contre Pharisiens et Sadducéens), rejettent en bloc les enseignements védiques et la société brahmanique, fondée sur une tradition qui s'autonourrit d'elle-même, et fait de son conservatisme sociologique le fondement de l'organisation de la société indienne.

A sa manière, l'épopée illustre un drame cosmique, une perturbation du dharma, c'est à dire de l'ordre universel de toutes choses, qui pourrait bien s'apparenter à l'apparition du bouddhisme, qui bouleversa en son temps les vieux schémas hindouistes. 

 

Voici donc l'une des histoires les plus énormes du monde, la pièce maîtresse de la littérature sanscrite, et plus largement le creuset de la pensée, non seulement de l'Inde, mais aussi d'une bonne partie du sud-est asiatique.

Grâce à lui nous pouvons mieux comprendre et saisir la quintessence d'un sous continent qui nous renvoie, trois ou quatre siècles avant notre ère, l'image d'une humanité en déroute, obsédée par la surpopulation et l'idée de la destruction finale...

Mais d'abord voyons ce que signifie Mahâbhârata?

Maha en sanscrit signifie "grand" au sens de totalité et Bhârata est, à l’origine, le nom d’un clan puissant, nom qui s’est peu à peu assimilé à "hindou" et par la suite a glissé vers le sens plus général d'homme. Il s'agit donc de  "la grande histoire de l'humanité", ou de la "Grande Geste de l'Homme".

Il est souvent considéré comme le plus grand poème jamais composé au monde. Il ne comporte pas moins de 250 000 vers – peut-être "seulement" 180 000 si l'on excepte les interpolations les plus visibles et les épisodes adjacents, ce qui représente néanmoins à peu près 15 fois la Bible.

 

Sûr de lui-même ce poème se flatte non seulement de raconter la grande histoire du vivant, mais encore il affirme clairement contenir la totalité des choses, c'est-à-dire tout ce qui existe dans l'imaginaire des hommes. C'est bien simple, nous dit-il "tout ce qui se trouve ailleurs, est dans le Mahâbhârata. En revanche ce qui n'est pas dans le Mahâbhârata  ne se trouve nulle part ". 

 

Ce poème épique décrit de quelle manière le clan des Pandava affronte celui des Kaurava dans ce qui va devenir une sorte de lutte cosmique, une guerre totale impliquant les mondes des démons, des hommes et des dieux et conduisant à l’extermination générale. Le dénouement, loin des "happy end" hollywoodiens, est tragique, mais absolument nécessaire au passage de ce monde vers une nouvelle ère. Cette histoire cristallise en effet la notion orientale des temps cycliques qui, lorsqu'ils sont parvenus à leur terme disparaissent par la volonté de Shiva, pour laisser la place à une nouvelle création. Dans le panthéon indien il y a 3 grands dieux essentiels, composant la Trimurti, (sorte d'organisation ternaire). Il s'agit de Brahma, le dieu des commencements et de la création, Vishnu le dieu qui maintient les équilibres du monde, le dieu de la préservation et Vishnu le dieu puissant et destructeur, chargé de faire la place pour un autre cycle.

Ainsi pour les renouveaux c'est Brahma qui s'en charge. On le réveille et d'un clignement de paupière il crée un nouvel univers, puis il se rendort immédiatement. Mais pendant son sommeil il rêve, et en particulier il rêve aux beautés de la terre et du cosmos de manière à ne pas les oublier pour, le moment venu, les faire de nouveau surgir d'un clignement d'œil.

J'ajouterai enfin que Le Mahâbhârata  qui n'est connu dans son entier en Europe que depuis le milieu du 19ème siècle a contribué largement à l'engouement européen pour l'Extrême-Orient, lequel influence une partie du romantisme puis les débuts du XXème siècle, et contribue à faire resurgir le gnosticisme occultiste des siècles précédents, en particulier avec Madame Blavatsky. (Pour laquelle il faut préciser, malgré ses assertions, qu'elle n'avait jamais mis les pieds au Tibet).

 

            Et maintenant place à l'histoire, tracée ici à la hache, puisqu'il  est impossible de dire en 10 minutes l'essentiel d'un texte qui réclamerait, pour le lire, plus de 2 mois à plein temps!

 

"Si tu racontais cette histoire à un vieux bâton, il reprendrait feuilles et racines" nous dit à son propos le poète Henri Michaux.

On dit aussi que celui qui écoute l'histoire du Mahâbhârata et a fortiori celui qui la raconte deviennent meilleurs et ne voient plus jamais les choses de la même manière. Nous verrons bien!

 

L'histoire

Elle commence à la manière d'un conte pour enfant.

Il était une fois un rishi, grand poète, en même temps qu'un grand maître de la Connaissance qui, s'étant retiré du monde des apparences et donc des illusions, vivait en ermite dans la forêt. Pour l'hindouisme le rishi c'est quelqu'un qui est capable d'écouter, comprendre et enseigner le Dharma, c'est-à-dire cette sorte "d'harmonie des sphères" traduite par "cosmos" par les anciens grecs, cet ordre qui doit être en chacun d'entre nous afin de régler l'ordre universel, et servant théoriquement de référence tant à la conduite des hommes qu'à celle du monde "Quand le dharma est protégé, il protège, quand il est malmené, il détruit", affirme le Mahâbhârata. C'est une idée fort ancienne, selon laquelle la somme des consciences de chacun interfère avec l'harmonie ou le déséquilibre de notre contemporanéité.  Idée que l'on trouve aussi chez les Egyptiens avec la notion de Maât. Et que l'on rencontre encore dans l'alchimie médiévale puisque "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas…", et vice versa nous dit la Table d'Emeraude.

(Cette idée essentielle, tente de chercher et décrire la notion de continuité entre l'infiniment grand et l'infiniment petit. Ce qui se retrouve encore dans la question posée par la science moderne de parvenir à l'équation unique, capable de réconcilier la mécanique newtonienne cosmologiste avec la relativement récente et déconcertante physique quantique.)

 

Or ce rishi avait pour nom Viaça ("le compilateur" en sanscrit) et il disait avoir composé dans sa tête le plus complet et merveilleux poème capable d'enseigner les hommes à suivre une conduite conforme au Dharma. Mais il avait un gros problème, c'est qu'il ne savait ni lire, ni écrire, car il était, comme Homère, un aède, c'est-à-dire un conteur. Ceux-ci considéraient d'ailleurs que la transmission orale est supérieure à la seule transmission écrite. (Cette idée sera partagée par les 1ers philosophes grecs, tels Socrate). Cependant, grâce à la profondeur de ses méditations Vyâça finit par joindre Brahma, qui lui envoie aussitôt Ganesh, le sympathique dieu à tête d'éléphant, dieu des artistes, de la culture mais aussi des commerçants et des voleurs, un peu comme Hermès chez les grecs. Et Ganesh lui dit :

-  "Me voici, je suis prêt, je prends mon grand cahier, je m'arrache la défense droite pour écrire et je t'écoute. Mais je te préviens, tu ne devras pas t'arrêter avant d'avoir terminé complètement ton histoire, sinon je te laisse te débrouiller seul."

- "D'accord lui répondit Vyâça, mais à ton tour de promettre que tu n'écriras rien que tu n'aies pas compris". Ce qui lui permettait de souffler un peu entre deux strophes. 

Une fois  tous les deux d'accord, ils se mirent à fabriquer ce qui deviendra le Mahâbhârata.

 

Une des originalités de cette histoire c'est qu'au bout de quelques pages, le sage Vyâça, après avoir récapitulé d'interminables généalogies plus ou moins mythologiques et fait mourir beaucoup de monde, se retrouve avec deux merveilleuses princesses, mais sans aucun personnage masculin en capacité d'engendrer et de faire avancer le récit. Alors Ganesh lui dit :

- "Ecoute, je ne comprends pas bien où tu veux en venir, car toi qui prétendais écrire le plus merveilleux et édifiant poème du monde, voici qu'au bout d'une demi-heure tu te trouves dans une impasse".

A ce moment une femme, jouant un second rôle dans le roman, suggère que ce soit Vyâça lui-même qui fasse un enfant à chacune des princesses. C'est ici un tour d'auteur extrêmement rare, où le narrateur, qui crée certes des personnages, les engendre également à l'intérieur même du récit et participe à l'histoire. On voit bien là le sens d'une symbolique complexe et inhabituelle.

Rassurez-vous je ne vais pas vous raconter les 15 volumes du Mahâbhârata mais cette anecdote est importante car c'est à partir d'elle que tout va se mettre en place.

Vyâça qui est un ermite à l'hygiène très relative et aux mœurs plutôt rustres, se voit donc contraint de faire un enfant à la 1ère princesse s'il veut poursuivre son histoire. Celle-ci, en voyant arriver dans sa couche un tel homme des bois, ne peut se retenir de fermer les yeux. Mais ayant fait cela, Vyaça lui explique qu'elle mettra au monde un enfant aveugle qui s'appellera Dritarashtra, et formera la branche ainée.

La seconde princesse avertie de cet épisode décide de garder les yeux grand ouverts, mais à la vue et à l'odeur de l'ermite elle ne peut s'empêcher de blêmir et mettra au monde un enfant au teint quasi maladif qui s'appellera Pandu, c'est-à-dire le pâle.

 

L'ainé, Dritarashtra, composera la famille des Kaurava, qui  seront 100 frères, tandis que Pandu le demi-frère, fondera la dynastie des Pandava avec seulement 5 enfants. Et comme l'ainé, Dritarashtra, est aveugle, c'est Pandu le cadet, qui obtiendra le droit de régner. Ce dernier d'ailleurs laissera très rapidement sa place à son fils ainé, Yudishtira, qui est doté de tous les dons et qualités pour devenir un grand roi idéal, mais qui, pourtant, fera tout pour fuir le pouvoir. Une sorte encore de symbolique pour dire combien le pouvoir est corrupteur et que le meilleur des princes est celui qui ne règne pas…

Donc un des 1ers éléments du conflit se met en place. On pourrait penser que les bons sont du côté des Pandava et que les Kaurava représentent le mal. Mais il faut bien voir que ce n'est pas la partition traditionnelle de l'Occident entre les noirs et les blancs, car il y a de ces deux couleurs dans chacune des lignées de ces cousins. En fait pour s'imprégner un peu de l'esprit de l'hindouisme les Pandava représentent ce que j'ai déjà évoqué, à savoir le Dharma, tandis que la conduite générale des Kaurava alimenteraient davantage ce que l'hindouisme, et d'autres religions proches, appellent le samsara, cette "fatalité", résultant de nos conduites égoistes antérieures, à renaître jusqu'à l'extinction des souffrances ou l'éveil final. D'ailleurs quand un personnage demandera à Vyâça pourquoi il a écrit un tel texte il répondra "pour inscrire le Dharma dans le cœur des hommes".

 

Nous passerons sur les innombrables événements qui enferment progressivement les deux clans dans une logique funeste, laquelle les conduira jusqu'à l'affrontement final. Il est cependant indispensable d'évoquer un épisode charnière du récit qui relate la perte de tous les biens et pouvoirs des Pandava. En effet, les Kaurava ont appris que  Yudishtira, le parfait à qui tout réussit, a cependant un point faible, sa passion pour le jeu, alors même qu'il n'a aucun talent dans ce domaine. Aussi organise-t-on une rencontre plus ou moins truquée au cours de laquelle Yudishtira perdra absolument tout, ses terres, ses gens, ses frères, jusqu'à lui-même, puis sa femme. Cette dernière servira d'ailleurs à poser une question "byzantine" dont les Indiens sont friands : Yudishtira pouvait-il jouer et perdre sa femme alors qu'il s'était perdu lui-même auparavant?... C'est un des chapitres les plus intensément  dramatiques du Mahâbhârata, qui se termine par l'exil des Pandava pendant 12 ans dans la forêt, puis à revenir incognito pendant un an parmi les hommes. Au bout de ce temps d'exil et de probation ils reviennent au palais de Dritarashtra pour faire valoir leurs droits à régner. Evidemment, c'est à partir de là que va se déclencher la guerre totale durant laquelle la Terre elle-même, qui en sanscrit se nomme Bumi, tremble de peur et déclare "je tremble parce que chaque jour je suis piétinée par un nombre croissant de gens de plus en plus égoïstes et arrogants"... Déjà ! 

 

Le grand jour de l'affrontement arrive donc, et arrive avec lui l'événement majeur du Mahâbhârata qui est l'apparition pour la 1ère fois dans la littérature indienne d'un personnage mystérieux appelé Krishna, et dont on apprendra au cours du récit, qu'il est le huitième avatar du dieu Vishnu. Et ce dieu, seulement chargé de la préservation des mondes et de la vie, après avoir essayé par tous les moyens d'éviter le conflit, finit par offrir ses services aux deux camps en commençant par le fils cadet des Pandava nommé Ardjuna qui l'a salué le premier. Ardjuna est un des plus puissants guerriers du monde, un archer infaillible. Le marché est le suivant, "choisis entre toutes les armées du monde, ou bien moi seul et sans armes à tes côtés". Et Ardjuna choisit Krishna seul, qui tiendra les rennes de son char de guerre. Evidemment du côté des Kaurava on exulte de joie en apprenant qu'ils auront toutes les armées du monde à leur disposition, et que les Pandava, en faisant un aussi mauvais choix n'ont décidément rien compris. D'autant que les Kaurava ont eux aussi de redoutables combattants, dont Duriodana, le fils ainé de Dritarashtra, sorte de brute guerrière à la force invincible. Les armées sont en place et le carnage va pouvoir commencer.

Mais voilà qu'au moment de donner le signal de la bataille, Ardjuna, qui a Krishna à ses côtés, se montre soudainement incapable de sonner dans sa trompe de guerre, car il aperçoit face à lui une armée innombrable dont les premiers rangs sont composés pour partie de gens qui sont de sa famille, des gens qu'il aime et qu'il connait. Et il se met à douter profondément. Il trouve tout cela vain et effroyable et préfère abandonner tous ses biens et pouvoirs plutôt que de les échanger contre un massacre qui finalement durera 18 jours et fera, nous dit le texte, plus de 18 millions de morts…(Le nombre 18 est un des plus importants de l'hindouisme).

Alors Krishna suspend le temps sur le futur champ de bataille, pour montrer à Ardjuna la force du destin et qu'il est trop tard pour reculer. Débute un long discours où Krishna répond point par point à toutes les objections d'Ardjuna, montre l'illusion du monde et l'ordre cosmique qui règle les choses. Ce développement qui se trouve au cœur même du Mahâbhârata constitue l'un des textes les plus importants de l'Inde et sans doute le plus connu puisqu'il s'agit de la Bhagavad-Gita (le chant du Bienheureux, composé de 18 chapitres), texte trop souvent sorti de son contexte et qui le rend parfois ardu. C'est un traité de la "Voie de l'Action", qui enseigne la juste conduite et montre que la connaissance doit précéder toute action, et que, sans elle, l'action ne serait que vaine agitation. Elle sert également de fondement au yoga.

Finalement la bataille a lieu, avec toutes les conséquences habituelles attachées aux massacres guerriers. Tous les amis et les membres de la famille des Kaurava sont morts, les Pandava ont perdu la plupart des leurs et tous leurs descendants, et Krishna, une fois la paix des morts revenue, rejoint la demeure céleste des Dieux (symboliquement en 3012 avant notre ère).

Cette date est le point d'origine du calendrier hindou, et dès lors le monde vient d'entrer dans l'âge noir du Kaliyuga ("âge de Kali"  ou "âge de fer", semblable à la cosmogonie d'Hésiode), qui est le quatrième et actuel âge de la cosmogonie hindoue. (Et nous en avons encore pour 417 000 ans)!

Finalement le récit se termine par le départ de l'ainé des Pandava Yudishtira devenu vieux, vers la montagne du paradis dans l'Himalaya. Mais là, en cours de route, dans les crevasses, les torrents et les avalanches, il perd un à un tous ceux qui l'accompagnent, ses quatre frères et son épouse. Il reste bientôt seul avec un chien qui le suit péniblement. Arrivé exténué, malade, blessé, tremblant de froid et de fièvre à la porte du paradis, il s'entend dire qu'il ne pourra entrer qu'en laissant son chien dehors. Alors, dans un dernier sursaut, il refuse et préfère mourir devant la porte. Mais c'était une des dernières épreuves, puisque ce chien miséreux n'était autre que le Dharma lui-même qui le suivait depuis toujours. Il subira encore d'autres épreuves qui seront en fait les ultimes illusions formatrices avant de connaître la Béatitude éternelle.

 

NOTES

Citations

« Telle est la somme du devoir : ne fais pas aux autres ce qui, à toi, te causerait de la peine » (Mahâbhârata, V ; 15,17)

 « Celui qui, abandonnant tous les désirs, vit libre de toute entrave personnelle et de tout égoïsme, celui-là obtient la paix » (Mahâbhârata, VI, Bhagavad-Gîtâ, II ; 71)

« De l'harmonie naît la Sagesse et du mouvement la cupidité. » (Mahâbhârata, VI, Bhagavad-Gîtâ, XIV ; 17)

« Ceux qui vivent dans l'harmonie, s'élèvent ; les actifs restent dans la région intermédiaire ; les inertes descendent, enveloppés des plus viles qualités » (Mahâbhârata, VI, Bhagavad-Gîtâ, XIV ; 18)

« Il n'y a jamais eu un temps passé où nous n'existions pas, il n'y aura jamais un futur où nous cesserons d'être »

 

Bhagavad-Gita. - On donne ce nom, qui signifie "chant divin", à un poème inscrit au cœur du Mahâbhârata. La motivation manquant au héros Ardjuna en présence de ces armées fratricides prêtes à combattre, c'est son écuyer Krishna, (Vishnu lui-même incarné), qui répond à ses craintes en lui exposant la loi de la transmigration des âmes et la destinée des bons et des méchants.

A quelque école de philosophie qu'on rattache la Bhagavad-Gita, la doctrine qu'elle expose est essentiellement brahmanique. La croyance aux dieux antiques de l'Inde, le système fondamental des castes, les devoirs de chacune d'elles, y sont donnés comme les principes conservateurs de la société et les conditions indispensables du salut.

Les hommes qui mettent la pratique au-dessus de la contemplation, et qui croient l'œuvre supérieure à l'intelligence, non seulement se trompent, mais encore, ne pouvant s'identifier avec Dieu par la pensée, se condamnent à revenir dans la vie par la loi de la transmigration. Aussi le seul moyen d'échapper à cette chute de la renaissance, c'est de connaître la nature divine et d'avoir sans cesse l'esprit fixé sur elle. 

"Je suis, dit-il, la force qui soutient et gouverne les êtres; ils retournent à moi à chaque retour; à chaque renaissance du monde, je les recrée, et dans leur ensemble et individuellement; par moi la matière se meut et engendre; je suis aussi la prière et le sacrifice, la libation, le prêtre et la victime; je suis le père et l'aïeul du monde, l'essence des choses intelligibles, des choses visibles et invisibles; je suis le Dieu unique. Nul ne sait combien de fois je suis venu sur la terre: il suffit de savoir que je suis la cause première; j'ai des noms divers : Vishnu, le Soleil, Shiva, Kouvêra; je suis le chef des esprits célestes, la source de la mer et des eaux, Narada parmi les prophètes, Kapila parmi les sages, Krishna dans l'armée; je suis l'esprit divin des poètes, la sagesse des sages, la vertu des gens de bien: en un mot, tout ce qui est bien en toutes choses, c'est moi."

Alors Ardjuna vit le dieu entouré d'une éclatante lumière; il vit le ciel et les mondes, les dieux, les saints et les principes des choses, dans le corps glorieux de Vishnu, et, se prosternant, il dit : Je crois. 

 

Pour l'hindouisme, le temps n’existe pas en soi, il n’est qu’une notion relative propre au monde de la manifestation. La vie de Brahma (donc de la Création) comprend 100 années de Brahma, une année de Brahma étant de 3.110.400.000.000 années. La vie de Brahma est donc d’une durée de 311.040.000.000.000 années (311milles milliards d'années et des poussières!). C’est ce que l’on appelle un parardha. Une année de Brahma comprend 360 kalpas ou ‘jours de Brahma’ de chacun 4.320.000.000 (4 milliards 320 millions d’années). Après chaque jour de Brahma il y a une nuit de Brahma. Au début du kalpa, il y a manifestation, c'est-à-dire apparition du monde sensible, et à  la fin du kalpa, c’est une destruction de toute la création. Selon ces calculs, la création de l'univers par la théorie dite du "big bang" actuel remonterait donc à environ seulement 3 kalpas… Une broutille!

 

Ganesh  (illustration en vignette) : Les histoires qui expliquent comment Ganesh obtient sa tête sont nombreuses et diverses, et l'une d'entre elles raconte que Shiva, rentrant d’une longue période de méditation dans l’Himalaya, trouva un jeune homme barrant la porte de sa maison pour l’empêcher d’entrer tandis que sa mère prenait son bain. Ce garçon était le fils que Pârvatî s'était auto engendré, pour lui tenir compagnie durant sa solitude. Furieux de se voir interdire l’entrée de sa maison, Shiva sortit son épée et coupa la tête de ce " fils" qui roula au loin et demeura introuvable. Pârvatî se mit dans une rage folle et promit de maudire toute la Création si son époux ne redonnait vie à son fils sur le champ. Shiva promit de remplacer la tête perdue par celle du premier "enfant" qui se présenterait hors de la vue de sa mère. Et ce fut un éléphanteau, dont la mère dormait en lui tournant le dos, qui se conforma aux contraintes divines.

Par cet acte, et bien que Ganesh ait été conçu sans lui, Shiva assuma sa paternité. Cet épisode aurait, selon certains, une symbolique très précise : le fait qu'il faille "trancher la tête" pour accéder à la transcendance, c'est-à-dire que l'intellect doit se retirer pour contacter l'énergie divine.

 

hindou

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