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Calvin 05Jean Calvin

 

 Lors d'une enquête pour entrer en loge bleue, la S:. enquêtrice me demanda mon avis sur la religion. Je lui répondis qu'élevée dans la religion catholique, religion de ma famille paternelle, toute ma famille maternelle était protestante. J'ai redécouvert le protestantisme avec un des ses pères fondateurs, Calvin lors de ma dernière planche symbolique; il m'a paru une piste pour avancer dans les voies de la sagesse et de la connaissance, de part la liberté qu'il offrait. Lors de ce travail, je vais donc vous présenter Calvin en deux parties : sa vie et son œuvre, puis ses idées. Au delà de l'homme religieux que je survole brièvement, je me suis attachée à découvrir le philosophe, d'où venait cette liberté et aussi  ce que la F:. M:. lui devait, au travers de la tradition anglicane et du pasteur Anderson, de confession calviniste et rédacteur des constitutions fondatrices de la M\.

 

Sa vie, son œuvre:

 

Né en 1509 à Noyon en Picardie dans une famille bourgeoise catholique , il est destiné à des études de théologie. Son parrain, chanoine lui alloue des bénéfices ecclésiastes. Muni de cette bourse, il fait des études brillantes à Paris, étudie le trivium, le quadrivium, le latin puis plus tard le grec et l'hébreu. Il se nourrit de Platon, Sénèque, Saint Augustin, Erasme, rencontre Montaigne. Il est contemporain d'Ignace de Loloya et de Léonard de Vinci .

 

A 19 ans, il s'oriente vers des études de droit à Orléans, où est enseigné le droit nouveau, auquel s'applique une exégèse conforme aux nouvelles humanités: établir le texte de façon solide, déployer les significations des termes dans leur contexte, connaître les institutions et les mœurs évoquées. Ne pas sacraliser le droit, le remettre dans l'histoire, l'interpréter, l'actualiser, ne pas prétendre imposer aux générations futures une loi insensible aux circonstances. Cet enseignement marque durablement sa pensée. Son maître de grec l'initie alors aux idées nouvelles.  Calvin a en effet huit ans quand Luther de 26 ans son ainé  publie les 95 thèses. Il fréquente le cercle des personnes favorables à la réforme, dont la sœur du roi François premier Marguerite de Navarre. Il écrit son premier essai à l'age de 23 ans, un commentaire de « de clementia » de Sénèque.

 

La scission avec l'ordre catholique résulte de la co-rédaction d'un discours prononcé devant les 4 facultés de Paris médecine, théologie, art et droit par son ami, Nicolas Cop, recteur à l'université de Paris et fils du médecin du roi. Ce discours, empreint des idées nouvelles fait scandale et contraint Calvin à l'exil à Bâle à l'age de 26 ans. Il y écrit la première version de sa grande œuvre théologique « l'institution de la religion chrétienne ». Ses qualités de juriste, de pédagogue et de philosophe se déploient et rendent accessible à tous un message théologique revisité par une traduction directe et rigoureuse des textes sacrés. Ce livre, publié en mars 1536, devient vite un best seller mondial: en 60 ans, 20 éditions latines, 17 françaises et quelques anglaises sont imprimées.

 

Il s'installe à Genève, citée autonome adepte de la réforme, à l'automne 1536 comme professeur de théologie. Après un séjour à Strasbourg où il rencontre son épouse qui lui donne un enfant mort en bas âge, il revient à Genève en 1541 à l'âge de 32 ans comme ministre de la parole et aussi afin de conduire la refonte du code civil et pénal.  Il  y reste jusqu'à son décès à 55 ans et la transforme en citée école au rayonnement mondial. Homme d'ordre, Calvin impose un respect de l'autorité civile et  fonde un conservatisme politique. La politique n'est pas là pour entraver les méchants, mais pour le bien et le profit des hommes. Calvin voit l'assemblée religieuse non d'en haut verticalement, mais horizontalement de proche en proche à partir des activités de chacun. Il en résulte un prodigieux effort de contrôle social, de partage équitable des tâches et des biens entre les membres de la communauté qu'est l'Église.

 

Il la réorganise et répartit les grandes fonctions:

-        pasteurs, ministres de la parole, donc de la prédication

-        docteurs, chargés de l'enseignement

-        diacres qui s'occupent des services et de l'entraide

-        anciens qui veillent à la discipline, surveillent la morale et le comportement des membres de la communauté.

Chaque semaine une congrégation de pasteurs débat sur un texte biblique.  De plus, tous les premiers vendredis du mois, une discussion publique est organisée sur l'interprétation des textes. Les désaccords sont possibles. Calvin recherche alors le consensus par le dialogue. Il se refuse à juger et induit à la clémence. L'autorité se déplace: elle entre dans un espace critique et vient se loger dans les écritures qui ne sont plus magiques mais qu'il faut interpréter. Chacun peut ainsi comprendre, interpréter et intégrer dans sa vie quotidienne les textes sacrés.

 

Genève, citée de 10 000 habitants devient le centre de formation de la réforme. Sa population double en quelques années. La moyenne d'âge est de 20 ans. Cette arrivée massive de personnes en quête de liberté ne va pas sans poser des problèmes: réaction des genèvois, arrivée de libertins, arrivée d'un médecin espagnol Michel Servet condamné au bucher par l'Église catholique car s'interrogeant sur la réalité de la trilogie. Il est aussi condamné à Genève, ce qui déclenche une vive polémique.

 

Dans la cité, l'accent est mis sur la formation: le collège devient obligatoire pour tous les enfants et gratuits pour les indigents. Calvin atténue les punitions qui pour lui ne servent à rien. Chaque année, plusieurs centaines d'étudiants sont formés au latin, grec, hébreu, français, rhétorique, philosophie et théologie, créant ainsi de multiples relais quand ils retournent dans leur pays, dans toute l'Europe puis au delà dans le nouveau monde. Il fonde une académie en 1550. Genève devient avec Strasbourg une ville d'imprimerie (50 imprimeurs et éditeurs). Calvin à lui seul publie un nombre impressionnant d'ouvrages:

-        4 volumes pour l'institution de la vie chrétienne dans sa version la plus achevée

-        7 volumes de livres d'instructions

-        10 volumes de commentaires bibliques

-        20 volumes de sermons

-        10 volumes de lettres

Homme de réseau, il entretient en effet une correspondance dense, aussi bien avec les grands du monde qu'avec les humbles qu'il réconforte. Il tisse ainsi un immense réseau qui fera de lui un fondateur majeur de la réforme.

 

Sa pensée:

 

Il n'est pas possible d'aborder la pensée de Calvin sans aborder le contexte de l'époque et les différentes pensées qui ont forgées celle de Calvin. L'imprimerie, la découverte des Amériques fait passer la représentation du monde d'un monde clos à un monde infini. Devant ces découvertes, la théologie perd aussi sa fonction d'explication du monde, de savoir légitime. Avant ces découvertes, l'Église  catholique règne sur la vie spirituelle des hommes. Pour gagner le salut de son âme, elle offre différentes voies: les multiples sacrements, les pèlerinages aux multiples saints et reliques et les indulgences qui évitent l'enfer et le purgatoire pour gagner directement le paradis, quelque soit les péchés terrestres. Cela marche pour les vivants et aussi les morts et participe à l'enrichissement de l'Église catholique, voir à sa corruption et au détournement de sa vocation. Différents courants voient le jour au début du seizième siècle en réaction à cette situation.

 

-        le courant humaniste avec comme chef de file Erasme de Rotterdam. Dans son petit manuel à l'usage du militant chrétien en 1503, il appelle les laïcs à une piété intérieure, marquée du sceau de la personne et de l'éthique du Christ . Les humanistes mettent au point une exégèse en revisitant les textes sacrés et ouvrent de nouvelles perspectives dans l'interprétation du texte biblique. Erasme publie en 1516 à Bâle la première édition critique du nouveau testament.

 

-        Luther, docteur en théologie et moine augustin dans sa jeunesse,  il publie une des premières traductions en langue allemande de la bible. Préoccupé comme ses concitoyens par le salut de son âme, il développe l'idée d'un triple « sola »:

  1. sola scriptura: l'écriture sainte seule est la référence de la doctrine et de la vie de l'Église. Seule, l'écriture est infaillible et agit dans le cœur des hommes.
  2. sola gracia:  gratuit, le salut ne s'achète ni ne se mérite. C'est par la grâce que Dieu témoigne son amour à l'homme. C'est par elle que le croyant est sauvé. Elle dissipe donc l'angoisse de la damnation.
  3. sola fide: le salut se reçoit joyeusement dans la foi et n'est pas conditionné par les bonnes œuvres; ces dernières découlent naturellement de lui. L'homme est incapable de se sauver; seul Dieu le peut en Jésus Christ. Ce dernier est le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes, ce qui exclut tout culte des saints et de la vierge.

 

Il pose le principe du sacerdoce universel: tous les croyants sont en capacité d'être prêtres. L'Église n'est donc plus un intermédiaire entre Dieu et le fidèle. Elle ne peut donc revendiquer l'exclusivité de l'interprétation de la parole et encore moins prétendre à l'infaillibilité. Il préconise une partition entre le domaine séculier qui a pour tâche de sauvegarder la création et le domaine religieux qui veille au salut (doctrine des deux règnes).

 

Calvin profite donc des acquis de ces pensées. Il est de la deuxième génération et peut donc poursuivre l'œuvre au delà. Comme Luther, il est un brillant lettré, pédagogue et un écrivain prolixe dans la langue parlée compréhensible par tous. Tous deux souhaitent au départ rester dans l'Église catholique et la réformer de l'intérieur. Il prend des positions différentes sur quelques points:

-        grand débat de l'époque, la présence du Christ lors de la Cène. Il prend une position intermédiaire entre les humanistes (le pain et le vin sont un symbole) et Luther (c'est le sang et le corps du Christ). Pour Calvin, la foi et le Saint esprit transforme le pain et vin en présence spirituelle.

-        Calvin développe une pensée plus iconoclaste, opposé à toute représentation de Dieu. Il dénonce aussi l'idolâtrie avec force.

-        Autre différence dans la vie séculaire: Luther condamne la pratique bancaire des prêts. Les capitaux se concentrent dans les mains de quelques familles et créent des situations de monopole, générant des profits considérables. Pour Calvin, l'argent est un instrument comme un autre. Il condamne néanmoins la cupidité.

 

Quelle est donc la particularité de la pensée de Calvin ?

 

La grâce n'est plus le couronnement mais le commencement. La citée tout entière doit rendre grâce à Dieu et être gouvernée selon ses préceptes. Calvin se concentre donc sur l'amélioration des hommes et les conséquences communautaires du message biblique.

 

D'abord, la méthode: s'orienter soi-même dans les chemins de la pensée et avoir une claire conscience de ses pouvoirs et de ses limites. Toute la formation du sujet doit lui apprendre à dire « c'est moi », à connaître ses limites et à élargir ses forces, en s'appuyant sur la seule chose qui soit solide la connaissance de Dieu et de nous mêmes au miroir des textes: distinguer soigneusement les registres, ne pas confondre la foi, la morale, la politique, la science. La connaissance de l'homme est inséparable de la connaissance de Dieu car l'homme ne se connait qu'au miroir de Dieu. Le miroir offre un reflet et non l'idée elle même. Renoncer à atteindre le ciel pour prendre la place de Dieu et accepter sa place seulement humaine. Il faut se vider de tout souci de soi-même et de son  propre salut. Il faut faire la différence entre ce que nous pouvons connaître et ce qui échappe à notre entendement. Il y a des ignorances transcendantales irréductibles sur Dieu et sur nous même. Faire place à l'espérance qu'est la religion dans les limites de la raison, de la condition humaine qui a renoncé à l'absolu. C'est parce que nous acceptons cette part d'obscurité et d'ombre que nous pouvons la travailler, la combattre et l'amender.

 

Les résultats pour la liberté:

Le sujet n'exerce pas sa liberté par sa faculté de se soumettre à une règle ou éventuellement à la transgresser, mais dans sa faculté d'être responsable de la règle qu'il pratique, de son interprétation, de suivre la règle qu'il se donne lui même, parfois alors qu'il n'y a plus de règle. Calvin propose une triple libération, théologique, morale et politique:

-        théologique: l'homme est prédestiné par Dieu lors du jugement dernier. Il ne faut donc pas chercher à savoir, à pénétrer le secret de Dieu, ce qui préserve de la folie de la recherche de la connaissance. En revanche, il faut aussi veiller à éviter que toute curiosité se retire, l'oubli de ce qui a été donné étant alors de l'ingratitude: que nous ne cherchions pas les choses que Dieu a cachées et aussi que nous ne négligions pas celles qu'il a manifestées.

-        morale: l'homme, étant prédestiné ne peut influencer son salut, mais seulement se dépouiller de toute prétention. Il y a un point de moi, qui est peut-être le plus moi-même, et qui ne m'appartient pas et qui se déplace que s'il n'a pas d'importance pour moi. Il place le sujet répondant à l'appel dans l'infinie liberté et l'infinie exigence d'interpréter qui il estime être devant Dieu et les autres.

-        politique: la fondation divine de l'ordre social, politique ou ecclésial est caché et la prédestination laisse en chacun de nous une part qui n'appartient qu'à Dieu et sur laquelle personne ne peut mettre la main. Cette part met donc une limite au savoir et pouvoir des savants, prêtres et rois et indique une ligne de résistance à l'entière malléabilité de l'humain. Seul le droit accorde une légitimité au pouvoir politique. L'État, désacralisé devient une instance utile et respectée pour le service rendu à la collectivité. Calvin a donc joué un grand rôle dans la formation de la société civile. En plaçant tout le monde à équidistance de Dieu, il redonne une chance à chacun et ainsi respecte la pluralité des habitants du monde. Les lois de chaque pays ne sont jamais meilleures dans l'absolu, mais selon les conditions et circonstances du temps, du lieu et de la nature.

 

Résultats pour l'homme:

Calvin est sans illusion sur la capacité humaine à faire le bien. D'une part, les œuvres des meilleurs se découvrent entachées d'une recherche de satisfaction personnelle, d'autre part, l'homme seul n'a pas le libre arbitre de choisir entre le bien et le mal. La recherche de le gloire de Dieu permet à l'homme d'échapper à la servitude de sa condition en se décentrant de sa personne. Tout en se sachant limité, l'homme est invité à agir sous la protection divine. La foi en la providence le libère des craintes irraisonnées qui inhibent et paralysent la volonté de bien faire. L'homme n'agit plus en enfant craignant d'être puni, mais en adulte libéré des pesanteurs de l'interdit et de la culpabilité.  L'invariant pour les hommes est d'aimer Dieu et son prochain.

 

Les résultats pour les écritures:

Les écritures ne sont pas magiques, elles sont pragmatiques. Le signe n'est rien sans l'intention significative qui lui donne du sens. La vertu de la parole réside non par ce qu'elle est prononcée, mais par ce qu'elle est reçue et interprétée en paroles et en actes. Les évangiles placent l'auditeur en position de responsabilité éthique: qu'est ce que je fais de ce texte dans ma vie ? La bible ne se réfère pas en effet à un cosmos mythologique ou allégorique, mais ouvre un monde dont nous sommes les acteurs.

 

Résultats pour Dieu:

Dieu est transcendant et clairement distinct de sa création et du monde. Seul Jésus Christ peut par sa médiation réaliser l'union des deux pôles divin et humain. Il y a un ordre des lois et de la nature, car le monde est un formidable théâtre à la gloire de Dieu. Calvin met une confiance absolue dans la miséricorde divine et l'amour inconditionnel de Dieu, le divin architecte. Je le cite: « nous contemplons dans cet univers l 'immortalité de notre Dieu, dont procède la genèse de tout ce qui existe, sa puissance qui a crée un si vaste univers et maintenant le soutient, sa sagesse qui a composé et gouverne une diversité si grande selon un ordre très précis, sa bonté qui a fait que toutes choses ont été crées et maintenant subsistent, sa justice qui se manifeste merveilleusement pour la protection des bons et la punition des méchants, sa miséricorde qui pour nous appeler à nous corriger, supporte nos manquements avec une si grande douceur. »

 

Pour conclure et redescendre dans l'espace temporel, vous me comprendrez mes S\ si je vous dis la joie et la paix que j'ai ressentie lors de la lecture des écrits de Calvin. J'ai été frappée par la modernité de sa pensée et par de nombreuses similitudes avec notre démarche. Il ouvre un espace de liberté d'être, de créer et de poursuivre l'œuvre, assorti d'une responsabilité d'agir dans notre vie. Liberté, égalité, fraternité.

 

Calvin 03

 

Mur des réformateurs à Genève : G. Farel, J. Calvin, Th. de Bèze, J. Knox

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