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gravure dore bible - l ange et les saintes femmesTout ce récit de St Jean, que nous venons d'entendre, est construit autour de trois regards.

 

  • Tout d'abord Marie-Madeleine, c'est elle la première qui "voit que la pierre a été enlevée du tombeau". Pour le moment, elle ne voit rien d'autre que ce tombeau vide. Elle est alors emplie d'incompréhension et même de peur. Elle court aussitôt vers les seules personnes susceptibles de la rassurer, c'est-à-dire, vers Simon-Pierre et vers "l'autre disciple, celui que Jésus aimait" pour chercher un appui, dire le vide du tombeau, mais plus encore, peut-être, le vide de son cœur.

Ce regard, à bien y réfléchir, est parfois le nôtre.

Dans une épreuve dramatique, quand nos repères affectifs disparaissent ou que nous n'expérimentons plus que l'effroyable silence de Dieu, nous sommes nous aussi dans le vide. Notre cœur gèle au dedans de nous. Nous essayons de chercher du secours dans notre entourage, mais nous n'avons parfois plus rien où nous raccrocher. Personne à qui parler, et la raison cède au désespoir. On peut même, paradoxe ultime, insulter le Ciel auquel on ne croit plus, et lui reprocher sa vacuité absurde, et le non sens de la vie.

- "Dieu où es-tu?" Et personne de répondre.

Il peut y avoir ainsi de profonds tombeaux vides dans nos vies.

 

  • Le deuxième regard est celui de Pierre: " Il entre dans le tombeau et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place".

Aussitôt arrivé, Pierre ose entrer dans le tombeau, il affronte le vide. Il observe avec attention, un peu comme un détective qui cherche des indices. Mais il ne va pas plus loin pour l'instant. Il ne tire pas d'autres conclusions, et sans doute se pose-t-il intimement des questions.

Ce regard là est aussi souvent le nôtre.

La Résurrection de Jésus est pour nous un immense et inconfortable Mystère. Même parmi les douze, Thomas a douté. Et dans notre monde matérialiste, nous cherchons, aussi, à obtenir une preuve convaincante, du moins une explication, si possible plausible, c'est à dire conforme à ce que nous attendons aujourd'hui, dans le contexte scientifique qui est le nôtre.

Or, c'est une mode récurrente, depuis que les media ont pris la place que l'on sait, chaque année, à Pâques bien sûr, mais aussi à Noël, de nous présenter des documentaires, qui prétendent démontrer "ce qui s'est réellement passé". Une enquête "rigoureusement scientifique", évidemment, est alors menée, bien sûr sans complaisance aucune, pour ne voir au bout du compte qu'un linceul et un linge roulé à part . Mais il n'y a plus de vivant à interroger, ni de corps à autopsier, ni d'ADN à analyser. Et l'on s'interroge alors, ou l'on juge, sur la réalité d'un fait qui n'est pas totalement accessible à la perception physique des instruments, ni totalement de la nature ni de l'Histoire des hommes.

Il peut y avoir ainsi d'immenses tombeaux de doute dans nos vies.

 

  • Le troisième regard est celui de Jean, qui se présente tout au long de son récit comme étant "celui que Jésus aimait". Il nous précise d'ailleurs: "C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau " et bien qu'arrivé le premier, il n'entre pas tout de suite. On voit ainsi que celui-ci a pris le temps de la réflexion, il ne se laisse pas dominer par ses passions, mais par l'Amour de sa Foi, par sa confiance en l'Autre, par l'harmonie dans laquelle il s'apprête à entrer. Et il écrit tout simplement : "Il vit et il crut" 

Ce regard-ci est trop rarement le nôtre.

Jean, rappelons-nous l'Ecriture, au moment de la Cène, c'est-à-dire sans doute le mardi ou mercredi soir, était celui des Apôtres qui avait posé sa tête sur la poitrine de Jésus, et il avait évidemment senti battre son cœur. Et ce battement résonnait encore dans son propre cœur à lui le jeune Jean, Celui que le Christ protégeait, un peu plus que les autres, sans doute du fait de sa jeunesse. Et là, dans l'apparent silence du tombeau vide il sait, il a l'intime conviction que quelque chose d'indicible vient de se produire, que ce cœur qu'il sent encore cogner à l'unisson dans sa propre poitrine n'a pu être arrêté par la crucifixion et la mort. Il est soudain illuminé de l'intérieur, et n'a pas besoin d'une preuve humaine, aussi scientifique soit-elle, pour savoir. Il connait par un autre sens que la vue, il a la révélation par la communion du cœur.

Heureusement, pour ceux qui font l'effort de l'humilité et de l'Amour, il peut y avoir, aussi, d'éclatants tombeaux de Lumière dans nos vies.

 

Père Abbé Jean Vinsandon

Décédé le vendredi 26 mars 2010

1 semaine avant le vendredi saint


Illustration : Gravure de Gustave Doré, Marie-Madeleine arrivant au tombeau

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