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promethee3De Prométhée à Pandora

(suite et fin)

 

Nous avons laissés nos protagonistes juste au moment où Zeus venait de s'apercevoir qu'il s'était fait berner une deuxième fois par Prométhée, lequel venait de lui ravir, d'une manière plutôt burlesque, la "sperma puros" dit le texte grec, c'est à dire une graine du feu éternel.

Alors pourquoi la deuxième partie de cette histoire que je m'apprête à vous raconter est-elle plus édifiante encore que d'autres? Tout simplement parce qu'elle répond à une question que toutes les civilisation antiques se sont posées, quels que furent leur pays, leurs latitudes, et les époques, cette question fait partie de ce qui fait notre humanité. C'est une question qui nous ressemble et nous rassemble, elle se pose encore mais nous l'avons dépassée, et elle se résume à cela :

Pourquoi existe-il deux sexes?.

 

(Là encore je m'appuie sur l'interprétation qu'en donne Jean-Pierre Vernant, helléniste distingué et grand connaisseur des mythes de la Grèce antique).

 

Pourquoi le masculin et le féminin alors que ce serait tellement plus simple s’il n’y avait qu’un sexe, et dès lors s'il n'y avait pas de sexe du tout? Pourquoi le monde que nous connaissons, le monde du vivant, des hommes et des bêtes et même des plantes, est-il binaire, comme coupé en deux, masculin, féminin?

C’est ce problème qu’il faut régler. Et c'est par cette histoire fondatrice, ce mythe, que les grecs ont réglé, à leur façon, cette question autrement insoluble.

 

Je vais donc vous raconter l'histoire de Pandora,

(dont on connait surtout "la boîte" dite de Pandore)

 

Souvenez-vous, Zeus est dans une épouvantable colère divine, et il convoque Héphaïstos (Vulcain), le Dieu forgeron et sculpteur, et il lui dit,

-  Tu prends de la glaise, tu la mélanges avec de l’eau et avec ça tu fais une sorte de statue, qui sera celle d’une Parthénos.

(La Parthénos, c’est le nom qui désigne en grec la jeune fille pubère, nubile, et vierge avant ses noces. Ce qui dans le contexte de ce poème représente le moment où la femme est la plus belle, la plus désirable).

Et pourquoi Zeus veut-il l’image d'une Parthénos ? On a vu qu'il n’y a pas de femmes chez les hommes, mais il y a des Déesses chez les Dieux, c'est-à-dire que le féminin existe chez les Dieux. Il y a en particulier trois Déesses qui sont justement des Parthénos, qui ne seront jamais mariées, et qui devront rester continuellement vierges. Et ces trois Déesses représentent évidemment la beauté absolue, en même temps que le féminin représente les "emmerdes" de Zeus. Donc il veut se venger.

(Il y a Athéna (Minerve), guerrière et sage. Ensuite il y a Hestia (Vesta), la Déesse du foyer. Et il y a Artémis (Diane), la chasseresse virginale).

Donc, Héphaïstos va fabriquer un mannequin qui aura tout à fait l’apparence de ces trois Parthénoïs de l’Olympe. Puis, Zeus demande à Athéna de lui donner son vêtement. On dirait aujourd'hui une robe de princesse. C’est un vêtement de mariée, une robe blanche et un voile brodé qui l'enveloppe entièrement depuis la tête, une parure aussi belle et blanche que la graisse qui camouflait les os blancs dans le paquet qui était réservé à Zeus. Zeus demande aussi à Hermès, le Dieu malin, menteur, voleur, le Dieu vagabond des routes, d’animer cette espèce de poupée grandeur nature en lui insufflant la parole, et en lui donnant, je me contente de vous citer le texte, "un cœur de chienne et un tempérament de voleur".

(Le terme chienne qui est un terme qu’on trouve chez Homère pour désigner les femmes qui ne sont pas fidèles à leurs maris, les femmes à hommes, on les appelle les chiennes. Hélène, la belle Hélène, qui s’est laissé séduire par Pâris et qui cause la guerre de Troie, quand elle s’exprime dans l’Iliade, elle se justifie, en disant : Oui, je suis une femme chienne, j’ai cédé aux impulsions amoureuses dont j’étais possédée. En latin ce ne sera pas seulement la chienne, mais surtout la louve la "lupa", qui deviendra l'emblème des femmes inconstantes, qui a donné le terme lupanar, et dont une louve célèbre, une prostituée donc, ayant recueilli Romus et Remulus, est à l'origine de Rome).

Voilà donc cette espèce de mannequin fabriqué artificiellement et qui comme vous le voyez est une véritable machine de guerre. Parce qu’à l’extérieur, quand vous la regardez, vous êtes séduit, le texte est explicite, il parle de la "charis", (qui a donné le charisme et le charme en français) ce mot qu'on traduirait par charme envoûtant, ou vertu magique, c'est l’attrait émerveillé qu’on éprouve devant quelque chose, qui dépasse le monde quotidien et nous envoie, selon les Grecs, vers les Dieux, au 7ème ciel. Le charme féminin c’est ce qui, dans le comportement, l'allure, la voix de la femme est en quelque sorte au-dessus même de l’humanité, ce quelque chose de divin, d’irrésistible… et qui rend un peu idiot.

Alors, Zeus pour tester sa trouvaille rassemble les Dieux et leur fait amener ce mannequin animé auquel quelques-uns d'entre eux ont donné la force, la vie, une âme et la parole. Et bien sûr ils sont tous là, sidérés, la bouche ouverte, ébahis, complètement émerveillés par la beauté de ce qui vient d’être artificiellement fabriqué par Héphaïstos. Et Zeus leur indique qu'il va faire cadeau aux hommes de cette parthénos, cette sorte de "bombe à retardement". Puisqu'ils voulaient du feu, ils vont en avoir, sous la forme de cette créature qui va leur mettre l'incandescence au cœur, qui va devenir une sorte de feu, mais qui ne sera plus un feu volé mais bien un feu voleur. Parce que cette Pandora va être le malheur des hommes, mais elle ne sera pas un malheur ordinaire, ce sera, dit le texte, un "kalon kakon", "un beau mal", et que les hommes chériront comme ce qu’ils ont de plus précieux au monde. Et ce cadeau empoisonné va devenir leur tourment primordial. Bien sûr par l'appétit sexuel qu'elle va leur procurer, mais aussi par l'appétit alimentaire (au temps d'Hésiode il y avait des famines), aujourd'hui on parlerait plus volontiers de son appétit de l'apparat, du standing, dont elle fait preuve.

 -Les femmes, raconte Hésiode dans "Les travaux et les jours", ne pensent qu’à une chose, quand elles se marient, c’est de tomber sur une maisonnée où il y aura beaucoup de blé, et où elles pourront s’en mettre plein la panse. Aussi, c'est avec tous ces appétits divers et insatiables que la femme va mener l’homme et le faire s’échiner et s’épuiser au travail. Et particulièrement, à certaines périodes de l’année, au moment de la canicule, c'est-à-dire quand Sirius qui s’appelle le chien, "kunos dans la constellation du Grand Chien est le plus proche de la terre et où il fait une chaleur écrasante, la femme qui a, aux yeux des Grecs et dans toutes les collections hippocratiques, un tempérament humide, est en pleine forme, alors que les pauvres hommes qui eux sont beaucoup plus proches du sec et du feu, sont réduits à rien. Et la présence de leur femme avec son double appétit, alimentaire et sexuel, fait que, je cite Hésiode, "la femme fait cuire les hommes, sans feu, et les réduits avant l’âge à l’état de bois complètement consumé".

Donc, Prométhée a volé le feu et en retour nous héritons de ce feu voleur qui sera l'éternel tourment des hommes. Car Zeus n'a rien trouvé mieux que d'envoyer sur terre cette fameuse Pandora.

[c’est lui qui l’appelle ainsi dans Hésiode, (en grec, pan: tout, dôran: le cadeau, dôra au pluriel, pan, de tous les Dieux. C’est tous les Dieux qui envoient Pandora, celle qui est parée de tous les dons)].

Quand on dit sur terre en fait il ne l'envoie pas n'importe où, mais, comme Zeus est le Dieu qui sait tout, et qu'il est très remonté, il fait comme Prométhée qui lui avait amené le bœuf de foire, il envoie la pin up de concours, au frère de Prométhée, qui, lui, tient le rôle du benêt de service. (Il en faut…)

Donc Prométhée, qui est celui qui comprend à l’avance, (préfixe pro avant, méthée qui est la racine qui signifie comprendre), a un frère. Oh, ce n’est pas vraiment son jumeau mais une sorte de double, son revers. Il s’appelle non pas Pro-méthée mais Epi-méthée, (epi, après, trop tard), c'est celui qui comprend toujours trop tard, quand il n’est plus temps et qui, par conséquent, se fait posséder à tous les coups.

Alors, quand Zeus annonce que cette Pandora, cette merveilleuse jeune fille, est destinée à tous les hommes et non pas aux Dieux, vous pensez bien que Prométhée s'empresse de faire savoir à son frère Epiméthée de renvoyer illico tout cadeau à son expéditeur.

Mais Epiméthée est conforme à sa nature profonde, - on en connait tous des comme ça dans la vie de tous les jours, qui dès qu'on les avertit d'un danger se mettent à courir au devant pour voir si c'est bien vrai.

Donc, comme il lui a été ordonné, Pandora arrive sur notre terre, et se rend directement chez Epiméthée. Elle frappe à sa porte: Toc, toc, Epiméthée ouvre et il voit "kalon kakon", la beauté du diable. Ouah ! En un instant de coup de foudre de Zeus, il tombe raide dingue d'elle, et lui dit : entrez, la porte est ouverte. Elle entre et ils se marient.

Et c'est ainsi que la première femme se trouve mêlée à l’histoire humaine, Pandora est chez Epiméthée, c'est-à-dire chez les Hommes.

Pandora a amené avec elle, comme cadeau de mariage, une boîte dit-on aujourd'hui, mais il s'agissait (le terme grec est "pithos"), d'une jarre (de forme différente de l'amphore), que Zeus lui a confiée. Comme toutes les jarres, elle est fermée par un bouchon, quelquefois serti à la cire pour que ce soit bien hermétique. Epiméthée nigaud mais curieux demande ce qu'il y a là-dedans, et Pandora de répondre que Zeus lui a donné ça comme cadeau et qu'elle l'ouvrira plus tard. On met donc la jarre de Pandora à côté des autres jarres, où il y a du blé, c'est-à-dire des graines, et des produits de la terre et du travail des hommes, (vin, huile, olives…)… Et sans doute après qu'Epiméthée se soit enivré de Pandora, ait goûté au fruit défendu, Zeus donne l’ordre à cette dernière d'ouvrir la fameuse jarre, (qui représente en fait un autre ventre de fabrication artisanale et plein de graines et de victuailles), de laisser sortir ce qu'il y a dedans et de refermer aussitôt le couvercle. C'est évidemment ce qu'elle fait, elle ouvre, et un tas de choses jaillissent et elle referme.

Et qu’est-ce qui a jailli?

Ce qui a jailli ce sont tous les malheurs, toutes les misères de la vie humaine que Pandora, en quelque sorte, symbolise et concrétise par sa présence. Mais ce qu'elle représente ce sont des maux délicieux. Pandora est un mal mais c’est un mal superbe à voir et charmant à entendre quand elle vous gazouille des paroles de séduction. Autrement dit, elle est un mal qu’on voit, qu’on entend, mais dont il est quasi impossible de se détourner. Ça fait du mal et du bien en même temps.

Au contraire les maux qui sortent de la jarre, les maladies, les souffrances, les deuils, les accidents, tous les malheurs, la pauvreté, la famine, les douleurs,… ce sont des concepts invisibles et multiformes qui sont partout, qui sont en errance permanente, de jours, de nuit, à la maison où en dehors, sur la mer, dans la terre, dans les airs, le monde en est entièrement peuplé. Le problème c'est que ces maux sont invisibles et inaudibles. Parce que sinon, si on les voyait, si on les entendait on se garderait d’eux, mais Zeus les a rendus invisibles et inaudibles pour qu'ils nous tombent dessus à l’improviste.

Donc nous sommes pris au piège de tous les côtés : Les maux que l'on distingue et que l'on pourrait éviter sont tellement merveilleux ou attachants qu'ils en sont inévitables, et les calamités les plus terribles que l'on voudrait éviter sont invisibles.

 

Heureusement, dit-on, une entité, qui était plus lente, n’est pas sortie. Elle reste au fond de la jarre. Et cette puissance s’appelle, je donne le mot grec, "Elpis", qu’on traduit généralement par espérance, espoir. En fait les plus savants hellénistes traduisent plutôt Elpis par attente, être dans l'expectative, l'incertitude.

Parce que si ce qu’on attend est un bien ça s’appelle effectivement l’espoir. Mais si ce qu’on attend c’est un mal ça devient la peur, l'anxiété. En fait ça veut dire qu’Elpis reste au fond de la jarre, comme la jarre reste dans la maison, comme Pandora, la femme, l’épouse reste aussi à côté de l’homme, du maître de maison, dans la demeure. Ça veut dire que dans ce monde contradictoire où il y a des maux partout, l’existence humaine est dans un statut ambigu entre les bêtes et les Dieux, et la seule chose qui lui reste est l’attente, car où qu'il aille il reste lui-même.

L'Homme sait qu’il va mourir, il sait qu'il aura quelques beaux jours, mais il sait aussi que la maladie va l’atteindre même s'il ne sait pas quand, ni comment.

Par conséquent, il est dans ce mélange d’espérance et d’anxiété.

Or, ni les Dieux, ni les bêtes n’ont besoin d'Elpis. Les uns ont tout, les autres n'ont rien et ils se suffisent comme ça. Les bêtes vivent dans un temps qui est tout entier au présent, sans espoir, ni crainte.

Tandis que nous, non seulement il y a Pandora mais il y a le fait que nous sommes coincés entre Prométhée et Epiméthée…, on est continuellement à vivre notre présent dans la tension de l'Elpis, entre espoir et crainte. Là, encore la condition humaine apparaît dans toute son ambiguïté.

 

Pourquoi un tel paradoxe où la femme est au centre?

Il faut aller un peu plus loin dans la compréhension du texte. Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous comprenez bien qu’il y a un rapport évident entre ce que Prométhée a essayé de faire à Zeus, le tromper, en jouant sur l’apparence des choses, laquelle cache la profonde réalité.

Le dehors est contraire à ce qu’il y a dedans, comme c’était le cas avec

- les parts de nourriture cachées par Prométhée,

- la semence de feu, puisque ce qu’on voit dehors c’est une plante verte et qu’à l’intérieur il y a un tison incandescent.

Et ce que représente Pandora, dans la vie humaine, c’est justement cela. C’est le fait que l’apparence extérieure non seulement visuelle mais auditive, les sons qui sortent d’elle, tout ce qui émane d’elle, bref son charme, est contraire à ce qu’elle est en réalité.

Autrement dit dans cette espèce de poker menteur, par lequel Prométhée a abusé Zeus, le résultat c’est que toutes les cartes dont l’humanité dispose sont désormais faussées.

Ce qui va caractériser la vie humaine c’est son ambivalence. Dorénavant, chez les hommes, il n’y a plus de bien sans mal. Il n’y a plus de jeunesse sans vieillesse. Il n’y a plus de naissance, sans déperdition et mort. Il n’y a plus de bonheur, sans malheur, pas d’abondance sans fatigue et épuisement. C’est ça qui est caractéristique de la vie humaine.

Toute médaille a son revers.

 

Il faut aller plus loin encore.

Zeus a fait en sorte que pour pouvoir manger et vivre, avoir des céréales, la nourriture de vie, il fallait enfouir la semence du blé dans la terre. De la même façon, ce que Prométhée a volé ce n’est pas le feu de Zeus qui est un feu immortel puisque c'est "un feu de Dieux". Tandis que ce qui est maintenant la part des hommes, ce n'est chaque fois que la semence, qu'elle soit de blé à enfouir, ou de feu à entretenir. Là encore, il faut cacher cette semence dans la cendre pour que la braise ne se fatigue pas. Et il faut continuellement nourrir ce feu en lui apportant des brindilles, parce qu’il est comme les hommes, il a besoin d'être nourri. Le monde humain est un monde, qui non seulement dans le corps de l’homme mais dans ce qu’il mange, ou dans son outillage technique est marqué du sceau de l'éphémère, rien ne lui est donné pour l’éternité. Les choses d'ici bas sont prises dans le temps et le périssable.

En quelque sorte, la gastère (la panse, le ventre) est omniprésente, puisqu'il faut un

- ventre à la terre pour que les blés naissent.

- ventre à la maison (les jarres) pour garder les aliments.

- ventre au foyer pour que le feu puisse continuer à être alimenté.

- ventre à l'homme pour se reproduire.

Ainsi à partir du moment où il y a Pandora, les hommes, au lieu d’avoir cette vie stable qu’ils avaient avant, toujours jeunes, ont une vie aléatoire. Je ne peux me survivre que si je peux procréer. Je fais avec ma propre semence, (c’est le même mot, "sperma"), comme je fais avec le blé, comme je fais avec le feu. J'enfouis ma semence, ma graine, dans la "gastère", dans le ventre d’une femme. Parce que c’est par l’intermédiaire de ce ventre féminin, qui naturellement me brûle et me détruit, mais qui aussi va me perpétuer, que je peux avoir une continuation.

De sorte, dit Hésiode, que le sort de l’homme devient  une espèce de contradiction. Ou bien se marier et sans doute souffrir mais se survivre,

ou bien rester célibataire, et être venu au monde pour rien.

 

La vie humaine avec cette histoire des "spermata", (des germes), si elle ne se renouvelle pas, elle n’est rien, une ombre, une illusion. C'est exactement ce que dit l'évangile de Jean 12, 24-25 :

"Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle."

 

Alors, bien entendu, la conclusion c’est quoi ?

La conclusion c’est que la création de la première femme, dans l’histoire un peu compliquée que je vous ai racontée, montre comment, le statut de l’humain, en tant qu’il est différent des Dieux, et en tant qu’il est différent des bêtes, est tout entier exprimé par ce personnage qu’est Pandora, la femme. Pourquoi ? Parce que l’homme est certes un animal mortel, mais c'est un animal à part.

La preuve est celle qui est dans le texte.

Tout ce qu'il fait est l'objet d'un rituel, même si aujourd'hui on parle de processus ou de procédures. Nous ne semons ni ne récoltons le blé n'importe comment. Nous ne mangeons pas n’importe quoi. Et quand l'homme mange la viande d’une bête rituellement sacrifiée, il donne aux Dieux, avec les os, la vie même de la bête qui monte sous forme de fumée vers les Dieux. Et en même temps il est obligé de se reproduire, comme les bêtes. Mais les bêtes copulent comme elles mangent, n’importe comment, sans règles.. Le fils avec la mère ou avec la sœur, ils ne connaissent pas l'inceste, il n’y a pas d'interdit. De même qu’ils mangent n’importe quoi, ils s’unissent avec n’importe qui, s’ils le désirent.

De la même façon, les enfants qu’il doit faire, "semblables au père" (dit le texte grec), ne seront semblables au père que si ça passe par le mariage monogamique. C’est-à-dire que s’il y a un rituel de mariage et si, comme Pandora chez Epiméthée, chaque homme a une épouse. Car l’enfant doit être le fils légitime d’un homme et d’une femme qui ont été mariés régulièrement. Autrement dit, l’homme est un animal mais il est différent des animaux, parce qu’il y a pour lui des règles et des interdits qui dépassent toutes les notions de races et d'époques. Et ces règles, sont les façons pour l’homme, maintenant qu’il est séparé des Dieux, de rester en rapport avec le divin. C'est à la complexité des rituels que se mesure le plus souvent le niveau d'une civilisation humaine. Il n'y a pas seulement un ordre naturel des choses, il y a un ordre social, une discipline à suivre pour vivre en communauté.

Ainsi, l’Homme est le seul animal qui, lorsqu'il se marie, quand il marche, quand il boit, quand il fait l’amour, quand il part en voyage, quand il perd un être cher et qu'il est triste ou quand il est heureux, se marie ou fait des enfants, pense continuellement aux Dieux et fait un acte vers les Dieux.

 

Nous sommes séparés des dieux, mais nous sommes le seul être vivant, le seul ventre qui en même temps reste toujours lié par une série de rituels au divin. Tel est le statut de l’homme, entre les bêtes et les Dieux… C'est le nouvel ordre du monde voulu par Zeus après le luttes primordiales des monstres et des Titans. C'est-à-dire la symbolique de la civilisation urbaine, après les périodes obscures de la lointaine préhistoire.

On a dit de l'Homme: Animal raisonnable, animal politique, ce n’est pas très clair.

Ce qui est clair, c’est qu’il est un animal de rituels.

Il est dans une position que concrétise et résume la femme par son ventre, mais aussi par son origine, ce qui en fait un statut compliqué…

Ni ange, ni bête dira 2000 ans plus tard Pascal.

La femme résume notre condition puisqu’en tant que "gastère" avec ses appétits sexuels et alimentaires, elle est une chienne, un animal. Mais en même temps, elle reflète, dans son apparence, la divinité qui l'a créée.

Elle est donc aussi une sorte de passerelle entre le bestial et le divin, en même temps que semblable aux déesses, elle est une création artificielle. Ça veut dire qu’elle insiste sur le fait même qu’il y a des apparences trompeuses, et que nous devons essayer de distinguer dans notre monde quel est le paquet préparé pour Zeus, quel est l’arbuste que tient Prométhée, qu'est ce que la femme. Nous devons faire la part entre l’apparence et le réel, le vrai et le faux, la simulation et le véridique. Et en ce sens, la femme récapitule, aux yeux des Grecs, la condition humaine, dont un des chemins essentiels est précisément de réfléchir, de penser, de choisir, d'exister.

Cela afin de déterminer ce qui est vrai dans le monde. Qu’est-ce qui est Illusoire ? Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est une pure imitation ? Qu’est-ce qui est authentique et qu’est-ce qui est fictif ?

La femme est ce point d’interrogation qui définit la culture grecque dans sa quête permanente de vérité et d'invention de la philosophie. Cette discipline particulière qui n'en a jamais fini de s'interroger sur les origines et les finalités humaines.

 

Pourquoi, vous ai-je raconté cette histoire ?

Pour répondre à la question des sociétés antiques et diverses :

Pourquoi deux sexes ?

Chacun a tenté d'apporte sa réponse.

L’histoire d’Adam et d’Eve est aussi une réponse à ce même problème. Et toute une littérature s'est efforcée de démontrer les analogies entre Pandora et Eve, sortes de sœurs jumelles. Le récit d’Hésiode, comme le récit de la Genèse, (c'est vers la même époque) avec les similitudes d'Age d’or ou de Paradis que l'on quitte par la médiation de la femme, laquelle devient l’incarnation de notre nouveau statut, sont effectivement proches.

Mais il y a une différence considérable qui montre que les humanités ne répètent pas tout le temps la même histoire, laquelle ?

C’est que dans l’histoire grecque de Pandora, il n’y a aucune culpabilité humaine. Pandora n’est pas fautive, puisqu'elle a été fabriquée pour ce rôle. Rôle qu'elle exécute à la lettre en suivant tout ce que Zeus lui ordonne de faire.

On lui dit, tu vas chez Epiméthée, elle va chez Epiméthée. Tu emmènes ta jarre, elle emmène la jarre. Tu ouvres et tu refermes, elle s'exécute. Il n’y a pas de culpabilité du tout. Les hommes ne sont pas coupables de ce qui leur arrivent. Pour les grecs l'important est de savoir faire la part des choses.

Par conséquent leur sagesse consistera seulement, et c'est déjà beaucoup, à savoir quelle est leur place. Il ne faut ni essayer de se faire bête et chien comme les cyniques (kunos), ni essayer de se faire Dieu comme d’autres philosophes, tel Pythagore et d’autres.

Il faut rester ce que l’on est, entre les êtres et les Dieux, c'est-à-dire des hommes.

Des hommes qui constatent le destin, le vivent, essayent de le déchiffrer, d’en comprendre le sens, mais qui ne doivent avoir aucun sentiment de culpabilité, puisque, s'ils sont là, ils n'ont rien demandé, et n'ont été que le jouet des Dieux.

D'où aussi la condamnation sans appel de "l'ubris", c'est-à-dire du prométhéisme, de la démesure, de l'orgueil infantile de vouloir sans cesse être au dessus des dieux, travers dont nous ne nous sommes pas encore près d'être débarrassés.

Quant à Pandora elle a fait du chemin depuis ces temps de Zeus, et elle s'étale plus que jamais tentatrice et fatale dans tous les magazines d'aujourd'hui… C'est-à-dire chaque fois qu'il s'agit de dépenser de l'argent.

 

(Après tout Hésiode n'avait pas complètement tort, … et les hommes sont à l'image d'Epiméthée).

 

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